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articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Royal de Luxe - photos de Nziem
A défaut d'y être, allez voir les photos de Nziem sur le passage du Royal de Luxe au Havre : la petite géante et les éléphants.
C'est ICI
Je commence un livre qui, dès la première page, me dit qu'on va bien s'entendre...et dont voici l'extrait
La Saveur du Monde - David Le Breton
Anthropologie des sens
Pour l'homme, il n'y a pas d'autres moyens que d'éprouver le monde, d'être traversé et changé en permanence par lui. Le monde est l'émanation d'un corps qui le pénètre. Un va-et-vient s'instaure entre sensations des choses et sensations de soi. Avant la pensée, il y a les sens. Dire avec Descartes "je pense donc je suis", c'est omettre l'immersion sensorielle de l'homme au sein du monde. "Je sens donc je suis", est une autre manière de poser que la condition humaine n'est pas toute spirituelle mais d'abord corporelle. L'anthropologie des sens implique de se laisser immerger dans le monde, d'être dedans, non devant, et sans se départir d'une sensualité venant alimenter l'écriture et l'analyse. Le corps est foisonnement du sensible. Il est inclus dans le mouvement des choses et se mêle à elles de tous ses sens. Entre la chair de l'homme et la chair du monde, nulle rupture, mais une continuité sensorielle toujours présente. L'individu ne prend conscience de soi qu'à travers le sentir, il éprouve son existence par les résonances sensorielles et perceptives qui ne cessent de le traverser.
L'entame brève de la sensation brise la routine du sentiment de soi. Les sens sont une matière à faire su sens, sur le fond inépuisable d'un monde qui ne cesse de s'écouler, ils font des concrétions qui le rendent intelligible. On s'arrête sur une sensation qui fait plus sens que les autres et ouvre les arcanes du souvenir et du présent, mais une infinité de stimulations nous traversent à tout instant et glissent dans l'indifférence. Un son, une saveur, un visage, un paysage, un parfum, un contact corporel déplient le sentiment de la présence et avivent une conscience de soi un peu en sommeil au long du jour, à moins d'être sans cesse attentif aux données de l'environnement. Le monde où nous nous déployons existe à travers la chair qui va à sa rencontre.
Quelque part en Italie, an de grâce 2006, extrait de carnets de voyage en désordre chronologique.
Sur la côte adriatique
Grecs, Sarrazins, Byzantins, Dalmates, Turcs, Levantins y ont laissé leurs empreintes. Région plutôt pauvre, elle n'en offre pas moins des paysages somptueux et de bien jolis petits ports.
Nous sommes passés par Molfetta, Giovinazzo, mais c'est à Trani que nous avons décidé de faire une halte, profiter du soleil couchant, de
la majesté de sa cathédrale.
Trani est la capitale du muscat. Les maisons ocres et blanches tranchent avec les couleurs des bateaux de pêche, le centre médiéval
permet de découvrir aux détours de ruelles de petites églises intéressantes, dont une en particulier, sur le port, qui fait penser à un bon vieux western spaghetti où il ne manquerait que la
virilité pleine de sueur des hommes et les formes généreuses des veuves épleurées. Comme une soudaine envie d'un cigare, un whisky et de mottes de foin baladées par l'arridité de la
chaleur.
Mais point de tout cela, le temps s'adoucit, le bain de soleil teinte d'orangers le ciel et la mer d'un dégradé chaleureux dans son
nuancier de bleu, qui fait que comme la peinture de Michel-Ange, il suffirait d'un doigt pour que terre et ciel se rencontrent.
(Quelque part en Italie - mois de juillet - an de grâce 2006 - extrait de carnets de voyages en désordre chronologique )
J'inaugure une nouvelle rubrique. Malgré tout mon amour de l'éphémère, il faut reconnaître qu'il existe des villes éternelles qui donnent le goût du patrimoine, de l'intemporel, de la pierre, et laisse de très forts souvenirs.
Matera a suscité une grande émotion en moi. Nous sommes arrivés de nuit, après trois jours de folie à Rome, fatigués, affamés, pleins d'images, de bruits, de soleil, quelques heures de route dans les pattes.
Puis, au détours de rues serpentines, Matera de nuit, saisissante de beauté, hors du temps, m'a tout fait oublier.
Après quelques pas un peu hagards, sans trop savoir comment faire pour tout embrasser du regard, dans le silence, une clameur s'élève, en choeur, rapellant que derrière ces pierres, des italiens suivent le match italie-portugal, c'était un moment complètement irréel.
Matera a servi de décors à Mel Gibson pour sa Passion du Christ ; combien je le comprends !
Matera est construite sur
un plateau caillouteux, où le temps s'est arrêté pour y faire plusieurs pauses : toutes les époques sont présentes.
On y trouve, directement creusées dans la roche, des habitations troglodytes (les sassi) et des églises rupestres aux peintures murales aux coloris et tracés élégants d'inspirations byzantines, grecques et occidentales des XII au XVI e siècle.
En montant, vers l'un des sassi, des airs de violons et pianos s'échappent de l'école de musique municipale pour accompagner la visite de ses rues et ajouter à la magie du lieu.
NB : n'hésitez pas à sortir du centre historique et à aller manger à "Arenasto alla Brace". Le lieu ne ressemble à rien, la famille qui le tient ne comprend ni l'anglais, ni le français et ne parle que l'italien, mais pour ce qui est de l'accueil et des brochettes, c'est un sans faute. Puis, si vous avez une bonne tête, ils vous offriront peut-être un verre de leur liqueur de noisette qui permet de discuter de façon fort chaleureuse en charabia universel !
Petite envie de ce week-end ensoleillé ...
Dimanche
Entre les rangées d'arbres de l'avenue des Gobelins
Une statue de marbre me conduit par la main
Aujourd' hui c'est dimanche les cinémas sont pleins
Les oiseaux dans les branches regardent les humains
Et la statue m' embrasse mais personne ne nous voit
Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt.
Jacques Prévert
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