N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Hasard, concours de circonstances, convergences de préoccupations. En peu de temps, j'ai vu No country
for old men des fères Cohen et inspiré d'un livre de Mc Carthy, lu la Route de Mc Carthy et vu la Ballade sauvage de Terrence Malick (me souvenant du même coup un peu
de la ligne rouge et un peu mieux du Nouveau Monde).
La nature, sauvage, objet de fascination, duelle
Fascination : attraction, attrait, aveuglement, éblouissement, envoûtement, magnétisme, séduction
En France, le rapport à la nature est, je crois assez différent. Peut-être que l'influence de Rousseau a été assez forte pour que la nature soit vue comme un facteur de liberté, d'épanouissement
de la nature humaine. Entre-temps, les Français, sagement, cultivent leur jardin, la nature devient presque synonyme de campagne, voire même de villégiature.
Aux Etats-Unis, la tradition, au berceau des pionniers, semble toute autre. Les Etats-unis et leurs grands espaces, une nature qui se manifeste dans ses excés et renvoie l'humain à sa fragilité.
Une nature qui s'étale sur des kilomètres, non domestiquée. C'est un drôle de miroir de conscience : elle apparaît souvent grandiose et notamment dans ses manifestations les plus monstrueuses.
Les américains, que ce soit par le cinéma et la littérature sont passés maître dans son évocation.
Il est dès lors étonnant de souligner certains paradoxes, de notre point de vue franco-français : étonnant d'opposer une amérique souvent perçue comme infantile et artificielle et de l'autre ces
oeuvres citées de Malick et Mac Carthy où les espaces dépouillent l'humain.
Je ne cite pas ces deux bonshommes au hasard. Tous deux, ne font pas dans l'idéalisme (je maintiens cette affirmation pour ce qui concerne Malick). Le mélange est plus tortueux : une forme
de lyrisme sombre dans les descriptions, par le côté hors proportions des descriptions des espaces où la projection noire des pulsions humaines et d'une mortalité sans apparâts est mise en
perspectives.
Spiritualité, cynisme, rédemption
A la fin de la Ballade sauvage, je me suis dit : Malick fait du panthéisme romantique dark. Panthéisme parce que la nature nous dépasse, on ne sait pas de l'homme ou de la nature qui va
être mangé. Dans la route Mc Carthy fait la synthèse, ce duel titanesque se résout par la présentation d'un univers apocalyptique. Le roman commence sur cette image, la nature est
morte, l'homme est mort, on recherche les reliquas de vie chez l'un et chez l'autre avec désespoir. Malgré tout, il y a dans ces oeuvres une âme, une vision qui, sans compromis, n'en est pas
moins nourrie d'une forme de spiritualité, voire même de rituels qui se révèlent au fil des pages ou des plans qui lèchent le mystère de la création et de notre monde.
Romantique aussi parce que face à ces immensités de solitude dans ces cadres naturels, les rapports humains peuvent apparaître anecdotiques et en même temps, l'humain ne se retrouve que dans les
vestiges de relationnel qu'il arrive à préserver. Les relations amoureuses, filiales, sont mises à dures épreuves parce que plus aucun jeu n'est possible. Les codes et normes sociales sont
hors sujet.
Dark parce que, sans être désespérée, dans ces oeuvres, on se sent comme ces personnages : au milieu du désert, sans savoir où se planquer. Le personnage de Javiem Bardem dans No country
for old men est intéressant parce qu'il cristallise ces différents points. Je l'ai vu comme la Fatalité même. Non pas la mort mais la fatalité. Il agit selon des règles sans cohérences, sans
morales mais implacables qui se fondent dans la marche du monde : une mort bête et cruelle, comme toute mort peut-être. Lui même est soumis à un accident, la boucle est bouclée, personne
n'échappe à la fatalité, tôt ou tard on l'incarne, au mieux, elle se drape du terme destinée.
Il y a beaucoup de paramètres incontrôlables et une nature profonde (mentale et environnementale) que nous n' apprenons à connaître que face à l'adversité.
C'est beau et terrible : on y retrouve la bible, la mythologie, écologisme et films d'horreur, guerre et tsunami, anticipation et histoire. C'est une convergence de cauchemars et de textes
fondateurs.
Comment tuer Gorgone ?
J'ai lu récemment le dernier opus de Zadie Smith : "De la Beauté". Le titre peut intriguer. A tort l'éditeur s'est
cru obliger de préciser que le livre aurait aussi bien pu s'appeller "De l'amour". "De la beauté" nous plonge dans une tranche de vie d'une famille afro-britannique. Le
métissage, la question identitaire et pluriculturelle sont des questions que creusent avec pertinence et humour cette jeune écrivaine.
Elle nous présente une famille et un couple notamment : Kiki, une personnalité lumineuse et entière, une épouse et une mère qui, tout en ayant une grande lucidité et les pieds sur terre, garde en
elle un besoin d'absolu et le porte merveilleusement bien. Toutefois son époux adultère casse cette foi en la trompant. Il trahit son couple en introduisant la médiocrité dans leur histoire.
C'est pourquoi "De la Beauté" va si bien au livre. Bien qu'il s'agisse d'histoires de couples et de familles qui auraient pu se réduire à un "De l'amour", il est ici question d'aspiration et
d'inspiration, du besoin d'être dans le vrai, de porter haut sa vérité, d'où l'importance du personnage de Kiki et celui, pourtant plus discret de l'épouse Kipps.
J'ai mieux compris ce titre à l'aune des deux derniers spectacles que j'ai vu. Dans Assoiffés, on plonge dans l'histoire d'un adolescent idéaliste et mort alors qu'il a trouvé une
réponse à son flot d'interrogations. Le ressort énergique et l'humour de la pièce repose entre autres sur l'ambiguité adolescente : un entre deux, enfant/adulte, tiraillé entre l'exaltation
passionnée, entière, sans concession, le sublime, et la contamination des réalités, la tranformation du corps, l'incertitude, la maladresse, le pathétique. La quête de la beauté tout au long de
la pièce est comme la recherche d'un vaccin à une mort imminente. La mort néanmoins arrivée, le personnage principal, sauvé par Norvège, peut gagner la postérité.
D'une certaine manière, le même questionnement semble traverser Basso Ostinato. Le pathétique est bien présent, s'exprime physiquement jusqu'à l'écoeurement pour le spectateur. Il y a
comme une négation de la Beauté et par là même l'inspiration de la pièce, l'aspiration de nos angoisses.
Il ne s'agit donc plus de crise adolescente mais d'une crise, avec l'opposition entre beauté et pathétique. Le pathétique n'est plus une douleur en soi, paradoxalement si on en revient à
l'étymologie du terme, c'est la perte de la beauté qui nous fait souffrir désormais.
Il ne s'agit plus d'une posture esthétique, il s'agit bien d'une question qui vise nos vies, nos choix de vie. Au delà de toute dialectique cartésienne, c'est devenu une question de foi.
Je profite que le blog soit un petit peu en pause pour raconter les aléas d'une porteur de projet.
Je crois qu'il est difficile de vouloir travailler dans le 'culturel' sans une forte motivation tant ce secteur se trouve au carrefour d'antipodes qu'il faut par entêtement arriver à conjuguer
comme l'artistique, l'économique, le politique et les publics. Parfois, dans des petits (grands) moments de fatigue, je me dis qu'arriver à concilier tout ça est aussi mystérieux et miraculeux
qu'une recette d'alchimiste dont le secret serait toujours susceptible d'être mis à mal, balayé par un vent contraire inattendu.
J'ai parfois également l'impression que le jeu des subventions est comme une boîte pour enfants, avec des cubes, des triangles et des ronds dont il faut faire correspondre les formes pour les
rentrer dedans . On se retrouve ensuite devant cette absurdité : il est bien utopique de vouloir créer ce qui n'existe pas, pour répondre à un besoin non encore reconnu.
Le découragement ne vient d'ailleurs pas nécessairement des vents contraires. Il vient des encouragements, des félicitations, de l'approbation. Tous ces signes qui nous confortent dans notre
certitude sans toutefois que du concret s'en dégage.
Bref, parfois j'ai envie d'aller faire pousser des cactus au fin fond du désert austral.
La saison malgré tout, présente un beau programme et me retient encore un peu dans ses terres de briques roses.
Il y a tout d'abord les résidences :
- La compagnie Génôm qui avait déjà fait l'objet d'un article sur ce blog et avait retenu mon attention parce que j'y avais vu une matière corporelle inédite, la matérialisation
d'une fusion entre deux constructions de corps et d'énergie (hip hop et contemporaine). Il est désormais rare que la création passe par le corporel, comme un artisan qui façonne son objet.
Désormais, cela passe plutôt par une réflexion attachée à la scénographie, au propos ... rarement par l'écriture chorégraphique, l'expression 'écriture chorégraphique' en soi devenant désuète,
alors même que la recherche peut y être infinie. C'est cette singularité corporelle chorégraphique que j'ai voulu inclure dans la saison du Pas Perdu
- Le collectif Petit Travers - Une recherche également fondée sur la construction corporelle et notamment sur l'analyse fonctionnelle du mouvement mâtinée d'un univers nourri
d'une identité circassienne et de mutiples influences picturales, cinématographiques, corporelles. C'est là aussi une jeune compagnie, qui cherche, explore, et ne rentre déjà plus dans les cases
de nos institutions entre danse, théâtre et cirque.
- Un duo de jeunes danseuses, Muriel Merlin et David Romy qui ont présenté un très intéressant duo aux rencontres chorégraphiques du centre James Carles et qui m'ont parues dans
la continuité de cette recherche menée actuellement par quelques chorégraphes de danse jazz : l'inscription d'une démarche contemporaine dans une identité jazz. En soi tout un programme qui ouvre
bien plus de questions que de réponses et de fait dans le paysage actuel, se trouve hors de toutes balises identifiées.
Quelques rendez-vous curieux ouvrent le débat en lien avec les lieux de diffusion de la région, tandis que je tente la programmation de compagnies à découvrir comme :
- Claire Cauquil et Sofiane Chabouni avec leur duo Chergui et Aquilon / un duo contemporain hip hop dans une approche complètement différente de la compagnie Génôm.
- Meet, de La Lloba, un petit ovni très intéressant, arts plastiques et danse, dont l'actualité, la sensibilité, l'intimité promet de très beaux jours à cette toute jeune
compagnie à la maturité étonnante.
- Le groupe de recherche du centre james carles qui confronte ses questionnements identitaires jazz au répertoire de la musique classique (le Bolero, le Sacre), un essai qui
fragmente en des milliers de questions et pistes de recherche, les secousses qui agitent dernièrement leur esthétique.
Comment dire ? Les réponses sont une source d'angoisse comme une terre rendue stérile. Alors de façon complètement inconsciente, j'essaie d'aller
ailleurs avec ces artistes qui composent la saison du Pas Perdu. Je ne pense pas chercher une identité artistique qui ressemblerait une couleur esthétique particulière, au contraire, il s'agirait
de folatrer entre les herbes et ces milliers de pousses.
Ce projet souffre de précarité et c'est ce petit pousset qui sans botte de sept lieux, tente de défricher le sentier des pas perdus.
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