Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
Eça de Queirós, José Maria (1845-1900)
 

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Avec le temps va

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dans quel état ..

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Clochettes

Le Silence

J'ai laissé le blog lettre morte depuis maintenant de nombreuses semaines. Créé il y a presque trois ans, je me suis essouflée. C'est extrêmement difficile d'écrire sur le spectacle vivant, par essence un mode d'expression qui n'inscrit pas sa trace dans la forme figée des mots. Au départ, sans autre prétention que de mettre en ligne comme on met au propre ses notes sur les spectacles, écrire s'est vite transformé en exercice qui permettait de verbaliser et donc de donner corps à mon regard de spectatrice, de prolonger ainsi le souvenir d'un moment fugitif. Au fil de ces trois années toutefois cet exercice enrichissant m'a "séchée". J'ai eu la désagréable sensation de radoter alors même qu'il ne s'agissait pas du tout des mêmes spectacles. Les mots, leur richesse, leur limite, ma faiblesse.

De même, l'exigence d'écriture quotidienne pour garder le blog vivant est devenue une contrainte qui ne m'a pas poussée vers plus de rigueur et d'exigence dans l'écriture même. D'où cette pause salutaire et nécesssaire.

Les bloggers s'organisent

Pendant cette petite pause personnelle, les bloggers du spectacle vivant dont vous trouverez les liens ci-contre, se sont organisés et ont développé cette notion de blog culturel. Ils ont poussé cette envie jusqu'à la création d'un site internet qui nous mette tous en réseau : "Un Air de Théâtre". Beaucoup de questions ont surgi : le rôle des blogs culturels, leur positionnement, leur déontologie ...
La qualité de ces initiatives ont nourri la remise en question qui couvait déjà depuis un petit moment du côté de Clochettes.

Clochettes et la culture

J'ai donc fait un petit point sur ce que je voulais faire de ce blog, sur mon envie et le cadre que je voulais me fixer :

- Je n'écrirai pas sur tout mais présenterai éventuellement des brèves sur ce qui ne fera pas l'objet d'un article.

- Tout en gardant le parti-pris subjectif des articles, je vais essayer de mettre un peu plus de rigueur dans l'argumentation pour retrouver un enjeu, un défi dans ce travail d'écriture et ainsi trouver dans la tenue de ce blog quelque chose qui redevienne plus enrichissant que stérilisant dans mon rapport au spectacle.

- Pour pousser la logique du parti-pris subjectif éclairé, je vais assumer la signature des articles de mon nom et prénom quand j'en serai l'auteur.

- de par mes fonctions, de par l'activité du blog, j'ai envie de croire en un "spectateur-citoyen" : la culture est un enjeu. Face aux difficultés économiques du secteur, face aux difficultés tout court du secteur, il est important d'avoir une vision plus globale de ce qui se passe, de nourrir le débat sur les politiques culturelles, les initiatives associatives, institutionnelles et privées. C'est pourquoi il me semble intéressant, avec cet outil modeste qu'est le blog, d'alimenter ces sujets au sein de l'espace public. Cela fera sûrement l'objet d'une nouvelle rubrique.

- l'outil des spectateurs : et si le temps ne me fait pas défaut comme trop souvent, j'essaierai de rendre plus systématique et visible, les programmations qui dans ma région d'implantation font l'objet des articles !
       Allez au spectacle, prenez ce risque, prenez le risque de trouver des questions, réponses, impressions, expressions inattendues. Venez dans les théâtres, cafés, hangars, friches où le monde ne bouge pas qu'au rythme d'une pulsation anesthésiante.

Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /2008 19:00
- Par Sarah Barreda - Publié dans : Clochettes - Voir les 2 commentaires
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Hasard, concours de circonstances, convergences de préoccupations. En peu de temps, j'ai vu No country for old men des fères Cohen et inspiré d'un livre de Mc Carthy, lu la Route  de Mc Carthy et vu la Ballade sauvage de Terrence Malick (me souvenant du même coup un peu de la ligne rouge et un peu mieux  du Nouveau Monde).

La nature, sauvage, objet de fascination, duelle

Fascination : attraction, attrait, aveuglement, éblouissement, envoûtement, magnétisme, séduction

En France, le rapport à la nature est, je crois assez différent. Peut-être que l'influence de Rousseau a été assez forte pour que la nature soit vue comme un facteur de liberté, d'épanouissement de la nature humaine. Entre-temps, les Français, sagement, cultivent leur jardin, la nature devient presque synonyme de campagne, voire même de villégiature. 

Aux Etats-Unis, la tradition, au berceau des pionniers, semble toute autre. Les Etats-unis et leurs grands espaces, une nature qui se manifeste dans ses excés et renvoie l'humain à sa fragilité. Une nature qui s'étale sur des kilomètres, non domestiquée. C'est un drôle de miroir de conscience : elle apparaît souvent grandiose et notamment dans ses manifestations les plus monstrueuses. Les américains, que ce soit par le cinéma et la littérature sont passés maître dans son évocation. 
Il est dès lors étonnant de souligner certains paradoxes, de notre point de vue franco-français : étonnant d'opposer une amérique souvent perçue comme infantile et artificielle et de l'autre ces oeuvres citées de Malick et Mac Carthy où les espaces dépouillent l'humain.
Je ne cite pas ces deux bonshommes au hasard. Tous deux, ne font pas dans l'idéalisme (je maintiens cette affirmation pour ce qui concerne Malick). Le mélange est plus tortueux : une forme de lyrisme sombre dans les descriptions, par le côté hors proportions des descriptions des espaces où la projection noire des pulsions humaines et d'une mortalité sans apparâts est mise en perspectives.

Spiritualité, cynisme, rédemption

A la fin de la Ballade sauvage, je me suis dit : Malick fait du panthéisme romantique dark. Panthéisme parce que la nature nous dépasse, on ne sait pas de l'homme ou de la nature qui va être mangé. Dans la route Mc Carthy fait la synthèse, ce duel titanesque se résout par la présentation d'un univers apocalyptique. Le roman commence sur cette image, la nature est morte, l'homme est mort, on recherche les reliquas de vie chez l'un et chez l'autre avec désespoir. Malgré tout, il y a dans ces oeuvres une âme, une vision qui, sans compromis, n'en est pas moins nourrie d'une forme de spiritualité, voire même de rituels qui se révèlent au fil des pages ou des plans qui lèchent le mystère de la création et de notre monde. 

Romantique aussi parce que face à ces immensités de solitude dans ces cadres naturels, les rapports humains peuvent apparaître anecdotiques et en même temps, l'humain ne se retrouve que dans les vestiges de relationnel qu'il arrive à préserver. Les relations amoureuses, filiales, sont mises à dures épreuves parce que plus aucun jeu n'est possible. Les codes et normes sociales sont hors sujet. 

Dark parce que, sans être désespérée, dans ces oeuvres, on se sent comme ces personnages : au milieu du désert, sans savoir où se planquer. Le personnage de Javiem Bardem dans No country for old men est intéressant parce qu'il cristallise ces différents points. Je l'ai vu comme la Fatalité même. Non pas la mort mais la fatalité. Il agit selon des règles sans cohérences, sans morales mais implacables qui se fondent dans la marche du monde : une mort bête et cruelle, comme toute mort peut-être. Lui même est soumis à un accident, la boucle est bouclée, personne n'échappe à la fatalité, tôt ou tard on l'incarne, au mieux, elle se drape du terme destinée.

Il y a beaucoup de paramètres incontrôlables et une nature profonde (mentale et environnementale) que nous n' apprenons à connaître que face à l'adversité.

C'est beau et terrible : on y retrouve la bible, la mythologie, écologisme et films d'horreur, guerre et tsunami, anticipation et histoire. C'est une convergence de cauchemars et de textes fondateurs.
Comment tuer Gorgone ? undefined

Dimanche 2 mars 2008 7 02 /03 /2008 18:26
- Par Sarah - Publié dans : Clochettes - Voir les 0 commentaires
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J'ai lu récemment le dernier opus de Zadie Smith : "De la Beauté". Le titre peut intriguer. A tort l'éditeur s'est cru obliger de préciser que le livre aurait aussi bien pu s'appeller "De l'amour". "De la beauté" nous plonge dans une tranche de vie d'une famille afro-britannique. Le métissage, la question identitaire et pluriculturelle sont des questions que creusent avec pertinence et humour cette jeune écrivaine. 

Elle nous présente une famille et un couple notamment : Kiki, une personnalité lumineuse et entière, une épouse et une mère qui, tout en ayant une grande lucidité et les pieds sur terre, garde en elle un besoin d'absolu et le porte merveilleusement bien. Toutefois son époux adultère casse cette foi en la trompant. Il trahit son couple en introduisant la médiocrité dans leur histoire. C'est pourquoi "De la Beauté" va si bien au livre. Bien qu'il s'agisse d'histoires de couples et de familles qui auraient pu se réduire à un "De l'amour", il est ici question d'aspiration et d'inspiration, du besoin d'être dans le vrai, de porter haut sa vérité, d'où l'importance du personnage de Kiki et celui, pourtant plus discret de l'épouse Kipps.
J'ai mieux compris ce titre à l'aune des deux derniers spectacles que j'ai vu. Dans Assoiffés, on plonge dans l'histoire d'un adolescent idéaliste et mort alors qu'il a trouvé une réponse à son flot d'interrogations. Le ressort énergique et l'humour de la pièce repose entre autres sur l'ambiguité adolescente : un entre deux, enfant/adulte, tiraillé entre l'exaltation passionnée, entière, sans concession, le sublime, et la contamination des réalités, la tranformation du corps, l'incertitude, la maladresse, le pathétique. La quête de la beauté tout au long de la pièce est comme la recherche d'un vaccin à une mort imminente. La mort néanmoins arrivée, le personnage principal, sauvé par Norvège, peut gagner la postérité.

D'une certaine manière, le même questionnement semble traverser Basso Ostinato. Le pathétique est bien présent, s'exprime physiquement jusqu'à l'écoeurement pour le spectateur. Il y a comme une négation de la Beauté et par là même l'inspiration de la pièce, l'aspiration de nos angoisses.

Il ne s'agit donc plus de crise adolescente mais d'une crise, avec l'opposition entre beauté et pathétique. Le pathétique n'est plus une douleur en soi, paradoxalement si on en revient à l'étymologie du terme, c'est la perte de la beauté qui nous fait souffrir désormais.
Il ne s'agit plus d'une posture esthétique, il s'agit bien d'une question qui vise nos vies, nos choix de vie. Au delà de toute dialectique cartésienne, c'est devenu une question de foi.

Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /2008 18:38
- Par Sarah - Publié dans : Clochettes - Voir les 1 commentaires
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Pour lire cet article cliquez sur le lien suivant : Scènes 20
Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /2007 17:06
- Par Sarah - Publié dans : Clochettes - Voir les 0 commentaires
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 Je profite que le blog soit un petit peu en pause pour raconter les aléas d'une porteur de projet.

Je crois qu'il est difficile de vouloir travailler dans le 'culturel' sans une forte motivation tant ce secteur se trouve au carrefour d'antipodes qu'il faut par entêtement arriver à conjuguer comme l'artistique, l'économique, le politique et les publics. Parfois, dans des petits (grands) moments de fatigue, je me dis qu'arriver à concilier tout ça est aussi mystérieux et miraculeux qu'une recette d'alchimiste dont le secret serait toujours susceptible d'être mis à mal, balayé par un vent contraire inattendu.

J'ai parfois également l'impression que le jeu des subventions est comme une boîte pour enfants, avec des cubes, des triangles et des ronds dont il faut faire correspondre les formes pour les rentrer dedans . On se retrouve ensuite devant cette absurdité : il est bien utopique de vouloir créer ce qui n'existe pas, pour répondre à un besoin non encore reconnu.

Le découragement ne vient d'ailleurs pas nécessairement des vents contraires. Il vient des encouragements, des félicitations, de l'approbation. Tous ces signes qui nous confortent dans notre certitude sans toutefois que du concret s'en dégage.

Bref, parfois j'ai envie d'aller faire pousser des cactus au fin fond du désert austral. 

La saison malgré tout, présente un beau programme et me retient encore un peu dans ses terres de briques roses.

Il y a tout d'abord les résidences : 

- La compagnie Génôm qui avait déjà fait l'objet d'un article sur ce blog et avait retenu mon attention parce que j'y avais vu une matière corporelle inédite, la matérialisation d'une fusion entre deux constructions de corps et d'énergie (hip hop et contemporaine). Il est désormais rare que la création passe par le corporel, comme un artisan qui façonne son objet. Désormais, cela passe plutôt par une réflexion attachée à la scénographie, au propos ... rarement par l'écriture chorégraphique, l'expression 'écriture chorégraphique' en soi devenant désuète, alors même que la recherche peut y être infinie. C'est cette singularité corporelle chorégraphique que j'ai voulu inclure dans la saison du Pas Perdu

- Le collectif Petit Travers - Une recherche également fondée sur la construction corporelle et notamment sur l'analyse fonctionnelle du mouvement mâtinée d'un univers nourri d'une identité circassienne et de mutiples influences picturales, cinématographiques, corporelles. C'est là aussi une jeune compagnie, qui cherche, explore, et ne rentre déjà plus dans les cases de nos institutions entre danse, théâtre et cirque.

- Un duo de jeunes danseuses, Muriel Merlin et David Romy qui ont présenté un très intéressant duo aux rencontres chorégraphiques du centre James Carles et qui m'ont parues dans la continuité de cette recherche menée actuellement par quelques chorégraphes de danse jazz : l'inscription d'une démarche contemporaine dans une identité jazz. En soi tout un programme qui ouvre bien plus de questions que de réponses et de fait dans le paysage actuel, se trouve hors de toutes balises identifiées.

Quelques rendez-vous curieux ouvrent le débat en lien avec les lieux de diffusion de la région, tandis que je tente la programmation de compagnies à découvrir comme : 
- Claire Cauquil et Sofiane Chabouni avec leur duo Chergui et Aquilon / un duo contemporain hip hop dans une approche complètement différente de la compagnie Génôm.
- Meet, de La Lloba, un petit ovni très intéressant, arts plastiques et danse, dont l'actualité, la sensibilité, l'intimité promet de très beaux jours à cette toute jeune compagnie à la maturité étonnante.
- Le groupe de recherche du centre james carles qui confronte ses questionnements identitaires jazz au répertoire de la musique classique (le Bolero, le Sacre), un essai qui fragmente en des milliers de questions et pistes de recherche, les secousses qui agitent dernièrement leur esthétique
.

Comment dire ? Les réponses sont une source d'angoisse comme une terre rendue stérile. Alors de façon complètement inconsciente, j'essaie d'aller ailleurs avec ces artistes qui composent la saison du Pas Perdu. Je ne pense pas chercher une identité artistique qui ressemblerait une couleur esthétique particulière, au contraire, il s'agirait de folatrer entre les herbes et ces milliers de pousses.

Ce projet souffre de précarité et c'est ce petit pousset qui sans botte de sept lieux, tente de défricher le sentier des pas perdus.

Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /2007 14:01
- Par Sarah - Publié dans : Clochettes - Voir les 0 commentaires
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