N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
| Septembre 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | 30 | |||||||
|
||||||||||
N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
De et avec Christophe Rulhes, Julien Cassier, Sébastien Barrier
Festival d'Avignon 2010
"Singularités ordinaires" nous est présenté comme un "théâtre anthropologique", le mélange d'art et sciences humaines. Cette appelation m'étonne particulièrement. L'a rt : n'est-ce pas déjà une exploration de l'humain ?
L'art interviendrait ici pour donner plus de force au propos "scientifique", le fond associé à l'émotion, l'argument à la séduction. Or malgré le crédit scientifique, le propos paraît un peu gentil. Certes, les extraits d'entretie ns sont intéressants et bien choisis. Mais encore une fois, poser l'intention d'aller au-delà des préjugés, de sortir les notions "folklorique", "populaire", "classique" de leur cadre sont de bien grossières ficelles posées maladroitement dans le champ artistique comme un pléonasme. Comme un écrivain qui pour écrire qu'un paysage est beau écrirait "le paysage est beau". L'art est en soi une force de dénonciation, un espace de révolution. Il n'y a pas besoin de mettre des sous-titres ou des légendes pour que le spectacle vivant travaille le réel.
De même, nous avons ici trois plans : une narration plus ou moins musicale, l'accrobatie et les images vidéos. Trois plans qui ne se rencontrent que par leur coexistence sur scène. L'accrobate illustre la narration, au mieux l'évoque en musique. Aussi simplement, aussi banalement.
Malgré mes réticences, il y a de l'énergie et un engagement. Au delà de la dimension anthropologique, le GDRA doit explorer l'artistique, trop de bonne volonté ne doit pas en épuiser le ressort.
Dimanche 25 novembre - Scène nationale d'Albi
Je connaissais le travail de leur fils James, homme orchestre, tisseur d'univers oniriques très imagés. Après avoir vu ses parents, je comprends mieux la filiation, notamment avec sa mère.
Jean-Baptiste Thierrée propose de courtes séquences, bâties sur un absurde de même nature, dans l'auto-dérision du numéro attendu, de ficelles découvertes, de valises et costumes étonnants,
bestiaire animalier docile et magique. C'est étonnant de voir cet homme sans âge, à la chevelure abondante et blanche, sautillant, généreux de son propre amusement sur de petites et grandes
choses.
Victoria Chaplin, silhouette gracile et souple, femme orchestre, qui sait tout faire et notamment proposer de petites séquences rêvées où costumes, décors, ustensiles se transforment en
bêtes chimères ou insectes géants.
C'est un moment très agréable. J'avoue une préférence pour les créations du fiston, qui amène des pièces moins découpées en numéros bien qu'établies également sur une succession d'images,
intégrant la douce folie de ses parents dans une plus grande cohérence de sensations.
Grenier à sel - Avignon juillet 07
J'ai mis une jupe part d'un texte déconstruit ne prenant cohérence que quand le personnage quitte son nez rouge.
A partir de là, Claudia Nottale compose un clown au féminin, d'où ses inquiétudes, le titre, son jeu de jambes. La clown ose quelques prises à partie du public, tente une mise en scène
dépouillée, centrée sur son personnage et son alter ego; la chaise rouge.
Toutefois l'absence d'un texte intelligent, consistant, amène un spectacle bancal, un monologue long, dont le jeu clownesque s'est trouvé enfermé dans dans des vélléités
fatiguantes pour combler le vide.
Et quand l'ennuie s'en mêle, le jeu devient une caricature de lui-même, de la gesticulation, de l'artifice.
Je suis allée voir cette pièce, suite aux rumeurs favorables des rues avignonnaises, c'était le dernier jour de sa représentation. Il se peut que la fatigue , le mutisme du public, n'aient pas
aidé l'interprète. Il n'en demeure pas moins que de mon point de vue, il n'y avait pas de texte.
Mercredi 21 mars 2007
J'ai vu ce spectacle il y a deux ans (voir ici). Je n'en ai pas une vision réellement différente mais j'ai pu l'apprécier avec plus d'attention encore.
Dans le petit monde du cirque, il y a la sempiternelle question du "nouveau cirque", "mais qu'est ce donc que cette bête là ?". Le duel des Anciens contre les Modernes. Le nouveau cirque revendique une recherche dans la mise en scène, le refus du "numéro" ou alors dans une finalité autre que la simple technicité. Les anciens s'attachent à la tradition et ce qu'ils apportent en héritage aux modernes. Le débat se complique quand parmi la gente du nouveau cirque, il y a vraisemblablement un malentendu, ils s'entourent d'artifices d'une certaine actualité (nouvelles technologies, musique live, costumes peu conventionnels) pour faire croire qu'ils sont nouveau cirque et cacher une absence de recherche artistique. Ils ne sont pas cirque traditionnel mais peut-on leur reconnaître pour autant le label 'nouveau cirque'?
Avec Johann Le Guillerm, le débat se présente d'une toute autre façon.
Il y a d'abord la présence revendiquée et assumée de l'héritage du cirque traditionnel : la piste, ce cercle qui définit l'espace spectaculaire et qui finit même par devenir un langage à part entière puisque la circularité est au coeur de la recherche de Le Guillerm.
Le Guillerm reste attaché au 'numéro' et à la prouesse technique, hallucinante chez cet interprète. Toutefois, il utilise cet héritage pour le révolutionner de l'intérieur (révolution, étymologie qui renvoie encore à la notion du cercle).
Il joue des effets symptomatiques du numéro :
- l'attente de la conclusion qui lui permet d'amener un autre rapport au temps mais également une approche toute en nuance de la construction même du numéro,
- la succession des séquences qui deviennent comme autant de tableaux attachés aux matières brutes, de bois, de fer, de sable,
- la peur du spectateur attachée à la prouesse qui lui permet d'ancrer son personnage.
Le numéro en soi n'a plus d'importance : tout se joue sur son installation, l'installation est l'acte performatif, tandis que la performance aboutie n'est qu'un des morceaux du puzzle de son abécédaire circonvolutif. Il se décline dans un univers de volumes dont le cadre spectaculaire s'inspire d'une culture indigène ou primitive tout autant que circassienne.
Son personnage, être humain au râle animal et aux impatiences nerveuses, maîtrise le temps, son art, construit son environnement, des machines à son image, bêtes à apprivoiser qui se faisant, trouve le centre du Secret, sa résolution, dans un éternel recommencement.
* Commentaires *