Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
Eça de Queirós, José Maria (1845-1900)
 

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Avec le temps va

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dans quel état ..

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Livres

Un livre qui tout comme son sujet a fait beaucoup de bruit. Au-delà de tout débat, une femme de théâtre qui s'intéresse à un homme politique sur le devant de la scène, voilà qui est intéressant.

J'ai beaucoup aimé ce livre dont je n'attendais rien. L'écriture de Yasmina Reza s'est faite très fugitive, presque fuyante. Vraisemblablement, elle ne savait pas où elle allait, ne savait pas ce qu'elle pourrait en tirer comme matière littéraire, ni comment rester à une place qu'elle n'avait pas complètement prédéfinie, si ce n'est simple observatrice extérieure, posée comme par accident à l'intérieur, mais un intérieur qui reste opaque, sans réalité ou vérité.

A ce titre, l'auteur nous représente complètement. Nous sommes des spectateurs de marionnettes dont on effleure le fond, lucides de leur artifice.
Nous restons donc en surface, avec des questions qui renvoient au néant, sur le sens d'un telle agitation dont on oublierait presque qu'elle n'est pas sans conséquences dans nos vies et dans le monde, sur un rapport au temps qui s'affole et fausse la perception, sur des notions auxquelles Yasmina Reza est confrontée sans avoir le paradigme interne qui permettrait de les comprendre au-delà de leur sens littéral comme le pouvoir, le "vouloir politique".

Quant à l'homme, plus on avance, plus on le perd, l'investiture devenant symboliquement le moment où il n'existe plus. Le livre se finit sur une absence, l'impossibilité de franchir la glace. Le livre de Yasmina Reza ne montre pas un Sarkozy sympathique, juste un homme pour qui, on finit par éprouver une certaine crainte, une crainte pour lui-même, l'acteur noyé dans son propre rôle, le rôle devenu une réalité ; l'homme devenu alors sans réalité.

Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /2007 11:45
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 3 commentaires
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Il se trouve que j'ai une fascination pour une profession : le métier de 'chef'. Ce n'est pas la gourmande qui parle, ça va bien au-delà. Je regarde tous les documentaires, avec une préférence pour la carte postale gourmande qui en plus, nous fait voyager. Il y a certes le côté artistique de l'alchimiste mais ce n'est pas ça non plus. Il s'agit d'un ensemble qui va de la hiérarchie et dureté de ces coulisses au fonctionnement presque militaire, à un savoir faire qui part de l'artisanal pour arriver au sublime avec une connaissance étendue de ce qui touche à la nature et à l'intime, un savoir faire sans applaudissements qui se cache dans les cuisines dont ils sont les éminences grises, de l'abnégation de cette profession aux horaires barbares,  un métier qui allie souvent un physique de colosse à des mains de prestidigitateur... il s'agit de tout ça, qui participe à ce que j'appelle 'le secret'; être chef.

Et bien j'ai trouvé le livre de tous mes voeux, qui me permet d'entrer un peu dans le secret, de découvrir la folie de ces chefs, leur résistance pour préserver le merveilleux, leur inventivité pour étendre tous les jours le spectre gustatif de nos papilles. Un livre lumineux qui m'amène en Italie, et plus particulièrement enToscane (n'y aurait-il pas là, l'explication à mon attirance intuitive pour cette partie de l'Italie ?) avant de me laisser aux portes de la France. Je poursuivrais seule le reste du chemin.

Synonpsis : "un écrivain, à l'âge honorable de cinquante ans, s'engage comme marmiton dans la cuisine du restaurant branché du célèbre Mario Batali à New York. Prend'il goût à la servitude volontaire ou aux horizons sans fin de l'exploration gourmande ? Toujours est-il que, guidé par la passion, il en vient à traverser l'Atlantique pour s'initier à la fabrication des pâtes fraîches, puis à la découpe de la viande chez un boucher talentueux mais excentrique en plein coeur de la Toscane, dans les collines du Chianti... "

Extrait

Dans une main, le boucher tenait un grand couteau à scie à la lame étincelante, plus sabre de militaire qu'instrument de boucherie. Un homme de haute taille, un mètre quatre-vingt-dix, mais il s'agissait d'un effet d'optique, à cause de la position surélevée sur l'estrade, qui lui donnait l'air d'un personnage de dessin humouristique, un homme des cavernes de cartoon. (Solvet s&clum in favilla ! : Qui réduira le monde en cendres!) Il avait des battoirs énormes. Je crois bien que je n'en avais jamais vu d'aussi gigantesques. Ses mains étaient hors de proportion avec le reste de son corps. On aurait dit qu'elles lui mangeaient la moitié des bras. Des doigts exagérément longs. Il portait des sabots et des chaussettes roses, un bandana rose autour du cou et une chemise rose - serrée, lui moulant presque les épaules, qu'il avait carrées et hyperdéveloppées, ce qui lui donnait une allure de bossu. Il avait les cheveux en brosse, d'épais sourcils, un grand nez, de grosses lèvres. Un visage aux traits accentués. Il approchait de la cinquantaine comme moi.
Et moi de penser : Eh bien, voilà Dario Cecchini, au moment même où il s'aperçut que je le regardais. Il éteignit la musique et demanda le silence. la pièce se tut : "Nel mezzo del cammin di nostra vita, tonitrua-t-il, mi ritrovail per una selva oscura, ché la diritta via era smarrita." Même moi je reconnus le premier tercet de La Divine Comédie : "Au milieu du chemin de notre vie / Je me retrouvais par une forêt obscure / Car la voie droite était perdue." Au milieu du chemin de ma vie, en effet. En étais-je vraiment arrivé là ? Perdu sur la route de l'enfer ?

Mardi 10 juillet 2007 2 10 /07 /2007 23:24
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 0 commentaires
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Je ne suis pas vraiment attirée en général par les livres d'anticipation. Je me suis contentée de 1984 et du meilleur des mondes, devenus mes références et ma seule connaissance en la matière. Si je devais faire une comparaison, et bien j'aurais tendance à rapprocher "Expiration" du "meilleur des mondes".

C'est un livre intelligent et effrayant qui nous présente une société aseptisée où certains travers de notre actualité ont été poussés jusqu'au bout, avec une dimension politique et éthique qui, par le biais de la fiction, nous assène quelques sueurs.

Tout d'abord le synopsis, tant le livre ferait une merveilleuse adaptation cinématographique (d'ailleurs j'y reviendrais tout bientôt avec le film "norway of life") : 

"
La vie est belle en Zone 1, quand on habite le centre de Paris, qu'on peut s'acheter des produits naturels, se faire masser par un canapé intelligento u écouter de la vraie musique. Oui, mais cette existence de rêve est réservée à quelques privilégiés. Tous les autres sont parqués dans des banlieues lugubres où une police omniprésente les surveille. Rares sont ceux qui parviennent à changer de caste, comme Dessandres, agent de police ne "hors zone", au plus bas de l'échelle, mais dont les chances d'habiter Paris se précisent à mesure qu'il franchit les épreuves de son tutorat.

Pour sortir du cauchemar, Dessandres doit réussir une ultime et délicate enquête : élucider la mort d'un musicien en plein quartier du Marais. Une mort programmée de longue date, comme celle de chaque citoyen, sauf que cette fois le corps a disparu ... Pour démêler les fils de cette affaire ultrasensible, il devra d'abord comprendre, lui le flic mal dégrossi, les usages, les rites et les pièges des nantis".

Bien sûr, je ne suis pas convaincue par quelques postulats pris par la romancière : le découpage par zone bien que correspondant à une réalité sociologique et même géopolitique, ne peut pas être à ce point radicalisé, ça ne me semble pas tout à fait correspondre aux évolutions historiques et politiques de nos XX et XI siècle (ou bien suis-je une incurable optimiste ?). 
Je suis bien plus convaincue par le côté communautaire et corporatiste de sa société fictive. De même, un certain rapport à l'hygiène, aux relations de travail, affectives, aux délires sécuritaires, est assez intéressant sous la loupe grossissante d' Anna Borrel.

Enfin, j'ai beaucoup aimé cette promenade dans un Paris du futur où monuments, sorties parisiennes gardent leur je ne sais quoi de mythique, tout en devenant déjà un peu cette atlantide tenue à bout de bras par une société paranoïaque à peine consciente d'être une espèce en voie de disparition.

Lundi 4 juin 2007 1 04 /06 /2007 16:18
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 2 commentaires
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L'élégance du hérisson - Muriel Barbery


J'avais déjà lu du même auteur "une gourmandise" qui était passé inaperçu auprès du grand public (du moins comparé à l'élégance du hérisson) alors même que pour une fois la littérature flattait nos papilles tandis que nous suivions un anti-héro pas très sympathique mais avec un certain talent de critique culinaire.

L'élégance du hérisson est un succès en librairie, un succès mérité puisque ce livre est un petit bijou : un plaisir d'écriture, des personnages dont la finesse culturelle et humaine nous embarque dans une vision joliment subjective de leur entourage et de la vie. 

J'ai commencé la première page et je me suis retrouvée greffée à ce livre, j'ai désormais envie de relire tout Tolstoï, de découvrir les films d' Ozu, de jouer au go pour apprendre à construire une vie dans le respect de l'autre...

 

Extrait du livre (journal de Paloma 12 ans)


" Alors évidemment, j'ai mes pensées profondes. Mais dans mes pensées profondes, je joue à ce que je suis, hein, finalement, une intello (qui se moque des autres intellos). Pas toujours très glorieux mais très récréatif. Aussi j'ai pensé qu'il fallait compenser ce côté "gloire de l'esprit" par un autre journal qui parlerait du corps et des choses. Non pas les pensées profondes de l'esprit mais les chefs-d'oeuvre de la matière. Quelque chose d'incarné, de tangible. Mais de beau ou d'esthétique aussi. A part l'amour, l'amitié et la beauté de l'Art, je ne vois pas grand chose qui puisse nourrir la vie humaine. L'amour et l'amitié, je suis trop jeune encore pour y prétendre vraiment. Mais l'Art... si j'avais dû vivre, ç'aurait été toute ma vie. Enfin, quand je dis l'Art, il faut me comprendre : je ne parle pas que des chefs d'oeuvre de maîtres. Même pour Vermeer, je ne tiens pas à la vie. C'est sublime mais c'est mort. Non, moi je pense à la beauté dans le monde, à ce qui peut nous élever dans le mouvement de la vie. Le journal du mouvement du monde sera donc consacré au mouvement des gens, des corps, voire, si vraiment il n'y a rien à dire, des choses, et à y trouver quelque chose qui soit suffisamment esthétique pour donner un prix à la vie. De la grâce, de la beauté, de l'harmonie, de l'intensité. Si j'en trouve, alors je reconsidèrerai peut-être les options : si je trouve un beau mouvement des corps, à défaut d'une belle idée pour l'esprit, peut-être alors que je penserai que la vie vaut la peine d'être vécue."

Mardi 29 mai 2007 2 29 /05 /2007 16:05
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Livres - Voir les 4 commentaires
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Dubois, Maïkine et Sjon


Ce n'est pas facile de trouver LE livre qui vous marque, vous bouleverse et vous poursuit. Les rencontres agréables sont plus faciles bien que moins envoûtantes. Voici donc mes dernières découvertes :


- "Les Hommes entre eux" de Jean-Paul Dubois : J.P Dubois est un auteur qui ne me déçoit jamais. Ce roman se distingue assez de mes précédentes lectures par son absence de légèreté, son côté sombre. Un livre sur la perte, deux  hommes ont été marqués par la même femme, qui les a abandonnés et se retrouvent face à ce constat "on ne connaît jamais la personne avec qui on vit". Ils sont tous deux très différents, par la découverte de l'autre, ils tentent de saisir l'absente, en vain. Le roman pose un décor de neige, de tempête, de huis clos, un décor de solitude qui révèle le caché, détermine instincts, impulsions et prédation, l'animalité du désespéré.

- "Le testament français" de Maïkine : un joli roman même si j'ai préféré l'"amour humain". Il y a toujours le bonheur de l'écriture de Maïkine, dans une prose cette fois autobiographique. C'est un roman baigné de mélancolie et de nostalgie comme un album de photos jaunies que les souvenirs devenus lointains teintent d'émotions avec la douloureuse impression qu'il en faut peu pour que le temps fasse son affaire et enterre tout ça. C'est un livre à la beauté immobile et pudique.

- Le "moindre des mondes" de Sjon. Sjon est le parolier de Bjork mais également un formidable poête. Je me suis retrouvée de nouveau dans un paysage de neige sans horizon. C'est un roman elliptique, des personnages s'y croisent, l'étrangeté de leur présence laissent des pans mystérieux dans la narration, pas de ligne d'horizon, un trouble entre les vivants et les morts, l'humain et l'animal, l'histoire et ses influences folkloriques.

Jeudi 24 mai 2007 4 24 /05 /2007 10:14
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Livres - Voir les 0 commentaires
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