N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Ceci n'est pas un article mais l'extrait d'un échange de mails
(donc pas écrit initialement pour être publié) à propos du très bon Milk de Gus Van Sant
Norway of life est un film OVNI de l'ordre de la nouvelle d'anticipation, une société purgatoire suffisamment bien construite pour que nous, contemporains, nous nous y projettions sans
aucune difficulté.
Autopsie d'un synopsis : un homme arrive au fin fond d'un désert, dans une ville très bureaucratique où il doit prendre de nouvelles fonctions. (N'y voyez pas un cousin de Brazil et de
sa critique version "anticipation kafkaïenne" car c'est encore autre chose.)
Tout le monde est adorable, tout se déroule sans accrocs, sans heurts, lisse, sans couleurs et odeurs.
Et c'est bien là que ça cloche.
Aseptisé : v.pass. En parlant d'un mode de vie, d'un milieu, être à l'abri des risques et des difficultés; ouaté.
Asepsie : n.f. 1. Absence de tout germe infectieux. 2.Ensemble des moyens visant à empêcher la contamination par des germes infectieux. (le moyen de l'asepsie est la
stérilisation de tout ce qu'on emploie en chirurgie de telle sorte qu'on ne puisse introduire aucun microbe dans la plaie.)
Petit rappel sur le "purgatoire"
Purgatoire : n.m. (lat.ecclés.purgatorius, du lat.class.purgare, purger). 1.Lieu, état de purification temporaire pour les défunts morts en état de grâce, mais
qui n'ont pas encore atteint la perfection qu'exige la vision béatifique. 2.Lieu, état provisoire où l'on souffre.
Dans ce film, à priori, aucune aspérité dans la vie du notre anti-héro : un boulot, un appart et assez vite des relations sociales.
Le boulot (une sorte de comptable) paraît assez fade, ennuyeux, inscrit visiblement dans un certain confort matériel mais répétitif et sans surprises.
L'appartement : au début réduit aux plus simples commodités, sans charme, devient assez vite quand il aménage avec sa compagne un modèle de magazine de décoration contemporaine
pointue. C'est d'ailleurs une constante dans le film, la froideur d'une urbanité hégémonique n'est pas atténuée, au contraire, mais renforcée par une esthétique irréprochable : que ce soit les
intérieurs de design contemporain, que les habits et coiffures des protagonistes, impeccables et d'un goût sans faute.
Les relations sociales : organisées de façon quotidienne par des dîners, apéros et autres moments de bavardage où aucune individualité ne s'implique, ni n'est mise à mal. Il en est de
même pour les relations 'amoureuses' sans enjeux autre que l'acte copulatoire hygiénique et la réponse à un modèle de normalité sociale consommée sans mise en péril des affects.
L'angoisse s'inscrit au fur et à mesure quand notre anti-héro prend conscience du fonctionnement aseptisé de cette société : l'absence d'odeurs, d'enfants, de musique ... tout
comme l'absence de mise en danger, de risques et donc de nuances, l'impossibilité du malheur entraînant l'impossibilité du bonheur.
Je n'en dirai pas plus. Si ce n'est que le purgatoire, inscrit dans une éternel recommencement, devient un enfer quand on n'est pas un surhomme nietzshéen.
"Il faut se garder de fonder sa vie sur une base d’appétits trop étroite ; car, à s’abstenir des joies que comportent situations, honneurs, corps constitués, voluptés, commodités,
arts, un jour peut venir où l’on s’aperçoit qu’au lieu de la sagesse, c’est le dégoût de vivre que l’on s’est donné pour voisin par ce renoncement. " Humain, trop humain II ; §
337. Danger qui guette les abstinents.
C'est vraiment un très beau film, il y avait longtemps que je n'avais pas vu un film susceptible de me marquer.
" En 1984 à Berlin-Est, dans un centre de formation de la toute puissante et redoutable STASI (police secrète du régime), des étudiants écoutent avec attention le cours de l'officier Gerd Wiesler sur les méthdes d'interrogatoire. Le personnage est précis, méticuleux, sans faille. Le genre de type qui pourrait être archiviste ou balayeur, le genre qu'on ne remarque pas mais qu'on devine redoutable. Un ancien camarade d'université, devenu son supérieur, le Lieutenant Grubitz, lui confie la tâche de surveiller un célèbre écrivain de théâtre très en vue et réputé acquis au parti."
Deux hommes semblent s'opposer de par leur caractère et leur mode de vie : Gerd et le dramaturge. Et pourtant, tous deux sont brillants, impliqués dans un métier auquel ils donnent un sens qui va au-delà. Dans ce contexte politique particulier, ils vont éprouver leur engagement et leurs convictions, le médiateur sera une femme, tour à tour leur force et leur faille. L'art est également au centre du huis-clos, plus qu'un catalyseur, il devient le garant d'une humanité vivante et fragile, l'espace des incertitudes.
Il y a beaucoup de pudeur dans ce film où les personnages ne sont pas monolythiques, mais tissés de tout ce qui peut nous lier les uns aux autres, dans ce qui a de plus noir comme dans ce qui constitue les hommes bons.
Il paraît que c'est le plus lynchien des Lynch et je ne suis pas loin d'être d'accord, sauf que ce devrait être un compliment, à priori ...
Il s'avère que dans Inland Empire, il y a une telle saturation des procédés typiquement lynchiens, qu'on est pas loin d'une caricature de Lynch par lui-même, servi sur un
joli plateau par une de ses actrices fétiches. Fétiche est d'ailleurs bien le mot, du fétichisme narcissique.
Le jeu sur le mystère féminin avec la blonde et son alter ego brune, l'histoire à tiroirs, mise en abîme vertigineuse, entre cauchemars et fantasmes, lumières magnifique de dégradés obscurs et sombres, un érotisme latent et parfois écoeuré de lui-même, une bande-son qui met tout ça au bain marie. C'est long, il y a de la complaisance dans ces longueurs et c'est un peu pénible.
Je suis allée sur allocine chercher la photo qui accompagnerait cet article, le site propose de visionner des interviews de Lynch. Peut-être y a-til là quelques réponses à la déception ci-dessus ? Il radote un peu, voilà la substance de son radotage sur diverses questions : il a des idées, il attend de tomber amoureux d'une idée, puis la filme, après il espère arriver à rendre toutes ces idées filmées cohérentes.
C'est fabuleusement décevant comme explication. Tout sort de la cuisse jupiter comme ça peut, puis il cuisine tout ça tant bien que mal !En bref, en ce moment il est un peu fatigué et mérite d'aller voir ailleurs s'il n'y est pas parce que nous espérons quand même passer encore de belles années avec lui.
Voir : Les interviews d'allocine. (ne vous inquiétez pas, il fait l'araignée avec ses mains, ce n'est pas pour vous hypnotiser)
Stéphane arrive à Paris avec ses dessins sous le bras et se retrouve à faire des photocopies et du découpage pour une entreprise fabriquant des calendriers. Il aménage en face de chez
Stéphanie.
Stéphane et Stéphanie sont faits pour s'entendre, deux grands rêveurs qui aiment la bricole, se construisent des p'tits chez eux oniriques en cartons pâte. Stéphanie reste quand même les pieds sur terre tandis que Stéphane peine à distinguer la réalité de sa rêvalité.
Michel Gondry s'amuse à faire de son film un jeu de collage digne des dadaïstes, en plus sophistiqué néanmoins, plus pop, dans une mise en scène ludique rapellant comme par hasard les meilleurs clips vidéo vus sur le petit écran.
De ce film, il ressort cependant une certaine difficulté à communiquer, une sorte d'handicap du rêveur à se frotter à l'autre, à conjuguer "l'âge adulte" et ce qui est communément connu sous l'expression infantilisante "l'âme d'enfant". La conclusion, certes tendre, n'en est pas moins une fuite dans les bras de morphée, le polymorphe, qui permet aux mortels d'échapper aux dieux mais qui se fait aussi parfois porteur de mauvaise nouvelle, Morphée que je confonds parfois avec Orphée, l'artiste qui perdit à jamais sa dulcinée.
La science des rêves m'a laissée sur cette ambiguité.
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