N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Lors d'une discussion avec le public, au sujet du texte d'Hijikata, Charmatz disait que le texte en lui-même
était une danse. La langue de Racine de même contient du mouvement, certains vers pourraient se réciter sans fin. La beauté atemporelle de ce texte sonne à la perspective de l'histoire du Congo.
Les interprètes se griment la figure d'un masque blanc, se coiffent de perruques occidentales et jouent de la préciosité d'une langue et d'un théâtre. Une bulle qui ne protège pas du reste,
une grimace qui ne tait pas la crise identitaire.
La tragédie doit inspirer "terreur et pitié", qui sacrifier ?
La scène n'est plus une réelle catharsis quand un peuple en vite une.
Alors on mâche la beauté du texte, on essaie de la digérer, elle est révélée tout autant qu'elle est malmenée, les phrases sont portées en exergue, et se jettent tantôt affolées, retenues, criées, murmurées à l'écoute du vent et des spectateurs.
L'histoire, la vraie s'insinue entre les strophes, sans pathos. Terreur et pitié.
Tout au long de cette tragédie qui regarde une autre tragédie et vice-versa, Faustin Linyekula, le premier sacrifié, continue sa danse au pied d'une échelle suspendue dans le vide, une danse accroupie, repliée sur soi, un corps qui se berce lui-même, au rythme de cailloux frappés les uns contre les autres. Une présence discrète mais constante.
Bérénice l'étrangère est laissée seule. Les comédiens amènent toute leur énergie dans ces vers, dans leur propre histoire. Parfois, il y a des longueurs et des temps morts, il faut du temps, des détours et sans doute du courage pour en finir avec Bérénice. Comment se débarasser de la tragédie ? Il y a l'humour, la constance de l'artiste, un peu de folie, une communauté.
Nous sommes tous ici rassemblés pour en finir avec Bérénice.
Avec Innocent Bolunda, Madeleine Bomendje BIAC, Daddy Kamono
Moanda, Joseph Pitshou Kikukama, Véronique Aka Kwadeba, Pasco Losanganya Pie XIII et Faustin Linyekula
Festival d'Avignon - juillet 2010
La vie est une boucle. Sur scène, elle repose sur un plateau tournant, découpée en trois espaces. Le temps de la soumisssion, le temps de l'insoucience, le temps de la mort. Le temps qui passe vite et se ponctue de "déjà".
La scène est composée aussi joliment qu'une maison de poupée avec l'inerte Monsieur Seguin en gros mannequin, un petit coffre en bois, l'espace intime de Blanquette. Ce décor se décline en trois tons : un intérieur tout fait de bois, un extérieur de verdure, l'espace froid gris-noir menaçant mais non dépourvu de beauté.
De même, nous avons le gros mannequin ou la figure du père dans un premier temps, un mannequin qui s'évide en pétales colorées pour laisser l'espace libre dans un deuxième temps, la figure du loup pour conclure cette très jolie valse.
D'ailleurs le jeu de la comédienne est tout autant dansé que joué, très corporel. Elle est une évocation très féminine de l'animal avec ses petits accessoires de laine ; bonnets, gants, bas.
Wild évoque le conte de Monsieur Seguin avec autant de minutie qu'il pose son décor. Les détails permettent de jouer sur les symboles, la douceur accompagne la conclusion sombre et irrévocable.
Manger ou être mangé, même le jeu amoureux se pose en ces termes, même le temps est chronophage, il n'y a pas d'issue à cette règle, il reste le panache.
Ce spectacle s'adresse aux enfants et aux adultes, comme ce conte tendrement existentiel.
la petite chèvre : Silke Mansholt
narrateur : André Wilms
Cour d'honneur du palais des papes - Festival d'Avignon
Le texte est beau. Les acteurs sont très bien et ont de beaux costumes. Le lieu est magique. Les 2h45 passent comme deux heures et quarante cinq minutes, sans surprise.
On est en juillet 2010.
Le texte, les acteurs font que je ne m'ennuie pas franchement.
Mais voilà, rien ne se passe de plus que ce qui est dit et fait. Tout est à sa place sauf peut-être les deux
comédiennes cachées sous la table une partie de la pièce, ce qui paraît incongru voir ridicule sur ce plateau. Le présence la plus silencieuse est la plus intéressante : un enfant blond, assis et
immobile, énigmatique.
Il y a une certaine efficacité, un peu trop systématique, dans l'enchaînement des scènes où un coup de clairon annonce l'entrée énergique d'un comédien, une façon de rythmer la pièce, de réveiller l'assemblée.
Le jeu de Podalydès est nuancé, jouant du tragique avec légèreté, un humour presque grinçant dans ce personnage sautillant et détaché.
Sinon, la mise en scène malheureusement me paraît parfaitement inoffensive. Un texte compris mais pas bousculé, sans révélations, sans mystères, sans vision. Un texte joué, bien enrobé de ses lumières. Il ne se passe rien de plus que ce qui est dit et fait et rien ne m'apparaît. Comme une pièce applatie, écrasée par l'écran de la télé et pourtant tout se passe sur scène, dans la cour du palais des papes, celle qui marque l'acte fou de Vilar de vouloir décentraliser le théâtre dans un endroit magnifique mais à l'origine inadapté. Or ici, tout est confortable.
On applaudit. J'écris. Et dans quelque temps ce sera oublié comme si rien, réellement ne s'était passé.
Avec Axel Bogousslavsky, Frédéric Boyer, Cécile Braud,
Jean-Charles Clichet, Florence Delay de l'Académie Française, Jérôme Derre, Vincent Dissez, Bénédicte Guilbert, Yvain Juillard, Alexandre Pallu, Denis Podalydès de la Comédie Française,
Anne-Catherine Regniers, Nathalie Richard, Bruno Sermonne
Festival d'Avignon - le 21 juillet 2010
Philippe Quesne travaille sur la mélancolie urbaine. Et quel drôle d'objet il nous livre ! Du non identifié. Il se passe presque rien. Ainsi, à pas feutrés, en murmures, les scènes s'esquissent visuelles, sans jamais s'imposer et suivent un cours qui semble déterminé mais pas vraiment convaincu, hésitant mais écrit.
Tout en prenant son temps, l'histoire sans histoire, celle de l'évolution des choses, choses étant suffisamment indéterminé pour être le terme adéquat, présente des tableaux suffisamment décalés pour amener une forme de poésie sans relief, à l'oscillogramme plat. C'est drôle et insidieusement flippant la mélancolie urbaine de Quesne. Ce non spectacle, cette non performance, ce machin chose, qui tient un peu de l'aquarium m'ennuie à tous points de vue. La mélancolie urbaine se regarde et le sentiment d'impuissance est complet. Seul l'humour et le regard finalement sur ces images plutôt belles, notamment quand elles se noient dans une scène baignée de lumière verte et de vapeur d'eau, rappellent un tant soit peu le vivant, secouent le mollusque qui gît en nous. On comprend sa référence à l'infiniement petit, parce qu'on ressent très fort que Big Bang nous présente le dérisoire.
Ainsi, sans faire grand bruit, il valorise le rien par le peu, le peu se fait rare et on s'accroche à ce qu'on peut.
Avec Isabelle Angotti, Rodolphe Auté, Hermès, Jung-Ae Kim,
Emilien Tessier, César Vayssié, Gaëtan Vourc'h
Théâtre Garonne Toulouse - Mars 2010
C'est une pièce de théâtre, étonamment cinématographique. Les comédiens jouent le face à face
au public, dans un clair-obscur qui les voile suffisamment pour en faire des présences énigmatiques, charismatiques. Ce sont d'ailleurs bien plus des présences que des comédiens en actions,
narrateurs au verbe qui serpentine sur la route sinueuse d'un road movie. Nous sommes dans l'Amérique des grands espaces où les âmes prennent la fuite, les humains errent, où les monstres sont
leur ombre, images crades de motel, huis clos, proximité des corps de sexe opposé dans l'ambiguité de relations à la violence sous-jacente.
Une bande-écran surplombe les narrateurs : projections des actions de ces êtres statiques? projections d'une fiction ? d'une réalité ? projections fantasmagoriques ?
Le film est un vrai film, avec une mise en scène qui participe pleinement à cette ambiance étrange, mâtinée de Lynch, ou de cette culture cinématographique américaine suffisamment intériorisée pour que nous en captions certains de ses codes.
De là la question : si le spectacle vivant se définit par la présence physique des interprètes, nous sommes devant un bien étrange objet. Les comédiens sont des présences, narrateurs d'une histoire qui se déroule sur l'écran plus que sur scène. Et pourtant, leur présence, la musique, le va et vient entre les deux espaces de fiction ; la scène/l'écran, amène le vivant sur le sentier de frontières troubles et nous envoûte tout autant qu'il mord la face noire de nos angoisses.
Créé par Kenneth Collins et William Cusick
Texte et mise en scène Kenneth Collins
Vidéo William Cusick
Avec Nick Bixby, Stacey Collins, Brian Greer, Lorraine Mattox
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