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Mercredi 21 mars 2007
J'ai vu ce spectacle il y a deux ans (voir ici). Je n'en ai pas une vision réellement différente mais j'ai pu l'apprécier avec plus d'attention encore.
Dans le petit monde du cirque, il y a la sempiternelle question du "nouveau cirque", "mais qu'est ce donc que cette bête là ?". Le duel des Anciens contre les Modernes. Le nouveau cirque revendique une recherche dans la mise en scène, le refus du "numéro" ou alors dans une finalité autre que la simple technicité. Les anciens s'attachent à la tradition et ce qu'ils apportent en héritage aux modernes. Le débat se complique quand parmi la gente du nouveau cirque, il y a vraisemblablement un malentendu, ils s'entourent d'artifices d'une certaine actualité (nouvelles technologies, musique live, costumes peu conventionnels) pour faire croire qu'ils sont nouveau cirque et cacher une absence de recherche artistique. Ils ne sont pas cirque traditionnel mais peut-on leur reconnaître pour autant le label 'nouveau cirque'?
Avec Johann Le Guillerm, le débat se présente d'une toute autre façon.
Il y a d'abord la présence revendiquée et assumée de l'héritage du cirque traditionnel : la piste, ce cercle qui définit l'espace spectaculaire et qui finit même par devenir un langage à part entière puisque la circularité est au coeur de la recherche de Le Guillerm.
Le Guillerm reste attaché au 'numéro' et à la prouesse technique, hallucinante chez cet interprète. Toutefois, il utilise cet héritage pour le révolutionner de l'intérieur (révolution, étymologie qui renvoie encore à la notion du cercle).
Il joue des effets symptomatiques du numéro :
- l'attente de la conclusion qui lui permet d'amener un autre rapport au temps mais également une approche toute en nuance de la construction même du numéro,
- la succession des séquences qui deviennent comme autant de tableaux attachés aux matières brutes, de bois, de fer, de sable,
- la peur du spectateur attachée à la prouesse qui lui permet d'ancrer son personnage.
Le numéro en soi n'a plus d'importance : tout se joue sur son installation, l'installation est l'acte performatif, tandis que la performance aboutie n'est qu'un des morceaux du puzzle de son abécédaire circonvolutif. Il se décline dans un univers de volumes dont le cadre spectaculaire s'inspire d'une culture indigène ou primitive tout autant que circassienne.
Son personnage, être humain au râle animal et aux impatiences nerveuses, maîtrise le temps, son art, construit son environnement, des machines à son image, bêtes à apprivoiser qui se faisant, trouve le centre du Secret, sa résolution, dans un éternel recommencement.
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