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3 février - Théâtre Garonne - Toulouse - Festival C'est de la Danse Contemporaine
Dans la pénombre, une machine, une sorte de pont roulant, commence lentement une rotation qui fait claquer scotchs, bandes, met en place la scénographie, tire deux interprètes, corps inertes, pantins.
Elle installe un temps étiré, commandé de
ses mouvements automatiques, qui finissent dans une verticalité ou les masses des danseurs paraissent de chair molle, amenant un contraste singulier avec le bras de fer.
Raimund Hogue entre, petit homme. S'ensuit un des plus jolis moments où Charmatz et Hogue dos au public se déshabillent. Hogue, s'allonge et Charmatz l'effleure, le parcourt. Moment tactile et sensible, deux corps nus, un autre contraste, un corps difforme, au profil féminin et aux mains d'enfant et un corps de danseur magnifique, devenu irréel par sa beauté, support du corps souffrant, en demande de sa réalité, de son toucher.
La mise en lumière est d'une subtilité rare : chaude et intime pour les corps nus, suspendue d'une tension pour le reste de l'espace et de la pièce, dans un entre deux.
Julie Cima quant à elle, corps disloqué, marionnette désarticulée, n'en finit pas de tomber d'un tapis roulant : supplice de Sisyphe ? Quant elle s'en échappe, elle se lance dans une course infernale et absurde de mouvements, une course coupée du public et du duo, un contrepoint solitaire et vide.
La souffrance est présente, diffuse. Petit à petit Hogue mange Charmatz, de ses injures, de sa présence, finit seul, pris au piège de l'espace scénique, se cogne à ses murs, esquisse des bribes de pas, une bande sonore aux paroles obsessionnelles, absurdement simples, dénuées de sens, drôles mais autistiques l'accompagne.
Il appelle son créateur, celui qu'il a mangé, il se frappe pour se rappeller sa réalité, il appelle au secours avant que la pénombre l'engloutisse lui aussi définitivement.
A la fin, les trois interprètes ont salué, coupé court les applaudissements, Charmatz, ému aux larmes nous a dit que c'était la dernière de Régi, la difficulté de la création de cette pièce et la difficulté de la quitter. Beaucoup de questions et de mystères restent dans l'ombre de cette pièce tandis que je me souviens de cette angoisse primordiale, enfantine, celle d'être mangée, engloutie, celle de disparaître.
Mesuroblog - clochettes : ☼ ☼ ☼ ☼ ☼
("Mesuroblog" en référence aux blogs du
Tadorne, d'Un soir ou un autre et d'Images de danse)
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