Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
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Avec le temps va

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Athol Fugard, John Kani, Winston Ntshona

 
Mise en scène Peter Brook

 avec Habib Dembélé et Pitcho Womba Konga.

  J'attendais avec impatience de voir, enfin, une pièce mis en scène par Peter Brook, je m'attendais à un choc émotionnel, peut-être aussi à cause du titre de la pièce. En fait, j'ai trouvé tout autre chose.

   J'ai trouvé le théâtre, le plaisir de faire du théâtre : le jeu des acteurs, le goût de travailler la mise en scène de ce bonheur là.

 Bien sûr, la pièce a un argument de poids, sur le problème des papiers d'identité qui pose la question de l'identité dans la société, de la dignité et de la liberté individuelle. Ces échos sonnent d'une contemporanéité évidente, à un an des présidentielles et au moment d'une activité sarkoziste brûlante. Mais là encore, c'est le propre du théâtre : je continue à trouver les textes d'Aristophane d'une provocation et d'une justesse incroyables alors même que plusieurs siècles, et c'est peu dire, nous séparent.

 Le théâtre, espace public où la vie de la cité se cristallise, se "catharsise". La vie de la cité, c'est à dire la vie de tout le monde. La force du théâtre, c'est de pouvoir créer une communauté à un moment précis, de rassembler. Il n'est pas question de génie populaire ou élitiste, j'aime pas ces mots, ils sont trop fourre-tout, juste de porter parole dans l'espace public sans perdre cette notion de plaisir. Non pas de faire oeuvre d'art qui échappe au commun des mortels et se distingue par cette si délicate notion de rareté qui donne valeur à quelques productions artistiques mais de mettre du génie façon Chaplin : quelque chose d'intemporel, d'intelligent, qui parle à tous ceux qui prêtent une écoute au langage corporel comme à celui des mots, sans chercher forcément à révolutionner son monde, à choquer ou provoquer parce que ça ne se joue pas là.

 La rareté, l'avant-garde sont des fantoches, seul le temps donne valeur. Il faut donc voir ce qui traverse le temps sans prendre une ride pour aller à l'essentiel.

 Et cette pièce ne date pas d'aujourd'hui, elle a été créée dans les années soixante-dix. De même, le jeu des acteurs convoque comedia dell arte, pouvoir de narration des griots, le plaisir du jeu, la force de l'imagination, innée chez les gosses, qui permet de se contenter de cartons pour évoquer toute une histoire et mille personnages.

 Peter Brook le dit bien mieux que moi : "la seule chose importante est de savoir si, au moment de la représentation, ceux qui sont dans la salle sont en train de partager une expérience immédiate. La réalitré ne veut, à ce moment-là, pas dire grand chose. Si le spectateur se trouve en situation de réfléchir sur une comparaison à d'autres spectacles qu'il a vus, s'il compare ce qu'il est en train de voir à ce qu'il a pu voir ailleurs,alors on peut dire que ce qui se passe sur scène n'est pas du théâtre. Si par-contre, il est tellement "avec" ce qu'il est en train de voir qu'il en oublie l'époque, l'auteur, le metteur en scène ; s'il vit l'oeuvre comme une première fois, alors c'est du théâtre immédiat."

 J'étais sagement assise à ma place, tout prêt des acteurs et je suis rentrée dans leur histoire, tout simplement, très naturellement, j'ai ri, de temps en temps j'étais triste avec eux, mais ce n'étaient pas des personnages tristes malgré ce qui pouvait leur arriver, au contraire. Je ne me suis pas posée plus de question, j'ai passé un très joli moment, où j'ai eu beaucoup de plaisir, le plaisir du théâtre qui puise dans quelque chose de très simple, de très enfantin et de très naturel. C'était une très jolie première fois.

 Voir aussi l'article du Tadorne.

Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /2006 10:16
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Théâtre - Voir les 0 commentaires
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