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Festival d'Avignon - Gymnase Aubanel
Je suis rentrée dans ce spectacle par les yeux (la Palisse en aurait dit autant et pourtant c'est bien ça) : un livre d'impressions et d'images.
Verret, faiseur d'atmosphère, a peut-être eu des visions et les met en scène ; une coque de bateau éclaté sur lequel marche Achab en équilibre fantôme, il semble parcourir la mer de ses démons. Et pourtat cet Achab (Mathurin Bolze), ce fou obsessionnel, ennemi mortel d'une baleine, paraît étonamment désincarné, comme si toute sa fureur s'était concentrée dans le personnage du coryphée, porté vécu par la saisissante Dorothée Ningabire Munyaneza.
Colère et violence appartiennent à la narration, aux flots des paroles et la scène reste incolore : costumes de sable, blancheur de l'ensemble, constance des ventilos qui font lutter les corps contre le vent.
Le vent qui efface les quelques rencontres de corps devenues chorégraphies.
Mer ou désert ? peut-être juste un de ces paysages propices à un retour sur soi.
Je me souviens d'un poême de Baudelaire :
Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir, tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais a plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets ;
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes ,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords ,
Tellement vous aimez le carnage et la mort ,
O lutteurs éternels, O frères implacables
Achab lutte contre lui-même, contre la baleine, ennemie au féminin, métaphore d'une relation amoureuse passionnelle pourquoi pas. Je crois cependant qu'il faut aller chercher un autre féminin : l'altérité. Pour mieux s'y cogner, parfois, il suffit de se dédoubler.
Malheureusement, je ne retrouve pas la violence et la force du poême, Sans Retour navigue déjà dans ma tête comme un bateau fantôme, emporté par les brumes du souvenir.
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