Mea Culpa

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 Ceci n'est pas un article mais l'extrait d'un échange de mails (donc pas écrit initialement pour être publié) à propos du très bon Milk de Gus Van Sant

"(...)
Sarah - Alors voilà ce qui me posait question : on voit Milk qui commence à sympathiser avec Dan White (il va au baptême) discute avec lui et commence à se le mettre dans la poche. Puis contrairement à toutes attentes il n'approuve pas son projet de loi sans qu'on sache vraiment si c'est par conviction ou pour l'emmerder. C'est assez soudain et inattendu dans le sens où même s'il voulait voter contre, la logique aurait été de le prévenir pour adoucir cette prise de position. Par la suite, on a vraiment l'impression qu'il fait tout pour durcir leurs relations. En  fait je ne comprends pas ce revirement, alors qu'il m'avait semblé qu'il avait bien cerné le personnage de Dan White qui est un peu brut de décoffrage mais pas foncièrement méchant au départ.
Je me suis dit qu'il y avait quand même une part sombre dans le personnage de Milk dans le sens où il trace et a un peu des oeillères, il ne prend pas trop en compte les affects de ceux qui l'entourent. Il ne s'agit pas de Dan White mais aussi de ses compagnons : on voit que son premier compagnon le quitte et le deuxième se suicide (et ce n'est pas le premier suicide puisqu'un de ses premiers compagnons s'est suicidé). Le passage où il veut forcer un de ses amis à faire son coming out à ses parents peut aussi être un autre exemple. 
 
Alors, je ne sais pas si c'est moi qui voit les choses plus noires qu'elles ne le sont réellement ?

Christel - Le truc, à mon avis, c'est que ce film idéalise Milk, que c'est un film militant. Il y a encore besoin d'être militant pour la cause gay (entre autres) aux E-U de nos jours (pas que là, bien sûr). Donc c'est difficile de faire la part entre les points positifs et négatifs de sa personnalité et de son action, je pense que c'est trop frais encore.
 
Or, dès qu'on parle de politique, et d'un militant devenant homme politique, on devrait parler de compromissions. Effectivement on a l'impression que Milk était prêt à faire des compromis, des marchés, mais qu'il a changé de tactique en mettant Dan White (l'assassin) au pied du mur.
 
Moi, j'ai compris que c'est la pression du milieu militant (stratégie agressive) dans lequel baigne Milk qui le fait changer de tactique. D'ailleurs, lors du conciliabule tendu que Dan et Harvey ont dans la salle du conseil municipal, Harvey lance à Dan: "Qu'est-ce que tu crois, moi aussi j'ai des pressions!"
Effectivement, il oublie son argument du début: ménageons White parce qu'il représente beaucoup d'électeurs. Il l'oublie parce que White est sur le déclin alors que ça décolle sacrément pour lui au niveau de l'opinion publique et des soutiens politiques. Du coup, il le zappe comme il zappe ses compagnons mais ça c'est le cas de tous les hommes politiques qui plus est militants (en tout cas, s'il on en croit les bio-pics assez nombreux que j'ai déjà vus, j'avoue c'est un peu mon péché mignon). Disons que c'est un topos (lieu commun) de ce genre cinématographique. Est-ce que ça recouvre la réalité? Certainement en partie.
 
Il fait fi de la possible mauvaise réaction de Dan White parce que, en quelque sorte, il ne touche plus terre. D'ailleurs, politiquement parlant, la stratégie s'est révélée bonne. Autre question: est-ce qu'elle recouvre des convictions? Oui, bien sûr, et en même temps, il a appliqué les conseils de son staff qui a des convictions très fortes qui se mêlent inéluctablement à l'intérêt. On ne peut démêler les deux, à ce niveau. Je crois que ce film nous fait un peu comprendre, à nous Européens, qui avons du mal avec cette notion, ce que c'est qu'un lobby: une organisation communautaire appuyée au départ sur des revendications liées aux droits de l'homme contraintes de se constituer en machine électorale et médiatique (d'ailleurs le mot "machine" en anglais est intéressant, traduit par "système"). Juste avant sa mort, Milk dit à Moscone (le maire): "Un homosexuel avec du pouvoir!" C'est d'ailleurs cet argument qui incite le maire à ne pas réintégrer Dan White: il se met du côté de celui qui pèse le plus.
 
Dernier point : il ne faut pas oublier que le film est de Gus Van Sant, qui a mis en image à de nombreuses reprises sa fascination pour le tueur, imprévisible auteur de massacre, dans le genre de Dan White. Celui-ci est à mon avis le point à partir duquel il faut regarder le personnage Milk, c'est un contrepoint. Maintenant, comment regarder Milk, à partir de White, la question demeure: il faut réfléchir et peut-être s'aider des autres films que je ne connais pas. La problématique, en tout cas, est là.
(...) "



Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /2009 17:02
- Par Sarah et Christel - Publié dans : Cinéma - Voir les 0 commentaires
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