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29 novembre au Théâtre Garonne - Toulouse

 

P.O.M.P.E.I est un spectacle très riche, de différentes couches de lectures, interprétations, incertitudes.

P.O.M.P.E.I : "événement premier qui foudroie la forme et qui est peut-être la véritable origine et le véritable destin de toute forme. C'est dans ce vide que s'est déposé le sentiment de notre vulnérabilité et de notre possibilité d'éternité."

 

Et s'il y avait des questions, et s'il y avait mes tentatives de réponse. Parce qu'il faut bien reconnaître que le spectateur essaie toujours de remplir, d'apprivoiser ce qui lui est donné à voir.

 

 

 Pourquoi le regard ? La pièce s'ouvre sur un texte dit par trois voix de femme sur l'oeil, le regard. Le fondement est posé : la relation s'établit par le regard. C'est lui qui dans un premier temps nous donne une première perception de la réalité. Sait-on regarder pour autant ? Arrivons-nous à entrer en dialogue avec la volonté propre du créateur. De part et d'autres, le désir est toujours vif de se comprendre, d'avoir compris et l'impuissance est un abîme. La danse fait verbe, fait corps, donne existence comme ces trois corps qui entrent en scène, vont et viennent, face à face avec le public qui note, pourtant, qu'un oeil est vide. Ils dansent en nous regardant avec un oeil vivant et un oeil mort, et le sourire ! Tout l'art de Caterina Sagna pourrait se résumer dans cette métaphore.

   

Pourquoi les trois femmes ? Elles apparaissent comme des figures démiurgiques. Je ne peux pas m'empêcher de penser que Caterina Sagna est une femme et que depuis déjà deux créations que je vois d'elle, elle travaille sur des interprètes masculins. Ces trois femmes sont dans la toute puissance de l'image : celle-ci est fixée, parfaite puisqu'inchangeable et déterminée, elle ne peut être autrement, si imperfection il y a, c'est précisément dans cette détermination-là, sa fatalité.

Trois femmes d'âges différents, en dialogue direct avec les danseurs. Trois femmes comme les parques. Elles échappent à notre entendement. La femme par essence donne vie, la mort est au féminin également. Dans une BD de Comes que j'aime beaucoup, l'Ombre du Corbeau, il y a trois personnages, trois figures démiurgiques qui interviennent dans le déroulement de la guerre : une vieille femme (la mort de vieillesse), une jeune femme pour la mort douce et l'enfant, la mort cruelle. Trois figures qui de fait, s'attachent à l'humain, dans l'amour ou la haine.

L'image fait face au corps, l'écrase. Comme toutes images, elle prend le pas sur le vivant.

Ces femmes nous ramènent dans une douloureuse conscience du temps et de la fragilité humaine.

   

Pourquoi l'humour et la douleur ? J'avais également ressenti ça dans Basso Ostinato. Dans Pompéi, c'est bien plus flagrant. Pompéi est parcouru d'un souffle et de très beaux tableaux, les interprètes sont formidables et amènent l'intensité de leur présence. Et pourtant, ce serait trop facile de s'en contenter. Il faut l'ironie pour pincer la beauté des formes, des gestes, de la danse. La parole prend le pas sur la danse, tourne en dérision, avec tendresse, mais avec persistance. La réalité est à la fois dérisoire et sublimement tragique. Les danseurs se frappent et se repirent, tout comme dans Basso Ostinato, ils étaient à deux doigts de se faire vomir. Le corps tente de rejoindre ces figures démiurgiques mais, de formes en formes, il se déforme et s'écrase, masse informe, vouée à son impuissante horizontalité, créature kafkaïenne, dans la douleur de cette conscience.

Caterina Sagna est une cynique au sens philosophique du terme. Ses interprètes finissent à quatre pattes. Ses figures démiurgiques se mettent à nu en nous regardant. Tout comme Diogène, elle pointe sa lanterne, déploie beauté et douleur, nous drape,  nous mord.

   

Pourquoi Pompéi ? Pourquoi Pompéi... C'est presque un idéal, un paradoxe utopique et monstrueux. Celui de figer l'incompréhension du monde et de l'humain dans une forme, une attitude inoffensive, intelligible, définitive. Faire taire la danse et son verbe. Oublier le dire et son ironie. Effacer la douleur. Figer le temps. Tout garder et tout effacer. C'est l'inhumaine éternité.

 

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Programmation du Théâtre Garonne : Lien ICI

Chorégraphie : Caterina Sagna

Interprètes : Alessandro Bernardeschi, Antonio Montanile, Mauro Paccagnella

Interprète vidéo : Viviane de Muynk, Maria Fossati, Pietro Ercolino

Dramaturgie : Roberto Frattini Serafide

Conseiller musical : Luca Berni

Décors et costumes : Tobia Ercolino

Lumière : Philippe Gladieux


Merci à la cie Caterina Sagna pour le visuel
Ce visuel n'est pas libre de droit

 

Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /2008 17:18
- Par Sarah Barreda - Publié dans : Danse - Voir les 5 commentaires
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Commentaires

Pour poursuivre la lecture de cet article sur la dernière création de Caterina Sagna, nous vous invitons à écouter un entretien avec la chorégraphe à propos des créations Basso Ostinato et Exercices spirituels. Entretien en écoute et en podcast sur le site de la revue radiophonique A Bout de Souffle http://audioblog.arteradio.com/a-bout-de-souffle
Commentaire n°1 posté par A Bout de souffle le 31/12/2008 à 10h50
Merci pour conseils.
Réponse de Sarah Barreda le 11/01/2009 à 17h54
Hélas je séche P.O.M.P.E.I., les microbes ont gagné...mais aux dernières nouvelles miss knife prend la relève.
Commentaire n°2 posté par guy le 08/12/2008 à 20h10
Oui j'y pensais, et il est question de 3 femmes, comme dans Fresque!
Commentaire n°3 posté par guy le 01/12/2008 à 21h56
A suivre !
Réponse de Sarah Barreda le 02/12/2008 à 09h15
Coucou tous deux, j'allais dire bravo Guy, tu fais des progrès en ortographe ;-) [ndla : on écrit mettre à nu]... mais c'est pour l'infraction à Dogma que tu menaces notre belle Sarah ! En tout cas, peut-être sera-t-il intéressant de confronter P.O.M.P.E.I. et Fresque, la dernière création de Paco Dècina, deux manières de s'inspirer d'un des sites archéologiques les plus fascinants qui soient...
Commentaire n°4 posté par Jérôme Delatour le 01/12/2008 à 21h09
il me tarde d'en savoir plus. J'espère que j'aurais l'occasion de voir la création de Paco. ça me fait penser, faut que je mette le journal de création à Guy sur clochettes. Pour "mettre à nu" et notre dogma je plaide non coupable, parce qu'il peut certes y avoir métaphore mais là, au sens littéral elles se déshabillent, j'aurais pu préciser elles se mettent torse nu mais c'était moins joli !
Réponse de Sarah Barreda le 02/12/2008 à 09h14
Sarah, tu as ecrit "se mettent à nues", tu auras un blâme Dogma! Mais merci, cela donne envie, j'y vais lundi prochain, on en reparlera...
Commentaire n°5 posté par guy le 01/12/2008 à 20h52
Merci Guy pour ta lecture vigilente !!! Je vais corriger ça
Réponse de Sarah Barreda le 02/12/2008 à 09h13
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