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01 avril 2006- Festival Mira - Toulouse
« Ne venons-nous pas d’une vague de violence égale ou supérieure à celle dont venait Richard III ? »
Richard III de Shakespeare reste une pièce d’une contemporanéité douloureuse. La quête du pouvoir est tracée sur un sillage maudit et meurtrier, où
l’Homme se présente dans une violence telle qu’il y perd toute humanité, son identité et se retrouve simple enveloppe mortelle qui n’attend plus qu’à être balayée (la dernière tirade de Richard
III est merveilleuse).
Alex
Rigola choisit un parti-pris très fort : il situe l’action dans un décor d’amérique profonde, un petit bar qu’on verrait bien à Las Vegas, capitale du kitsch et du superficiel, où l’argent et le
sexe sont des caricatures bien vivantes. La scénographie orchestre ces hommes cow-boys et ces femmes perruques blondes peroxydées dans un ensemble qui rappelle certaines hallucinations
lynchiennes ou délires des frères cohen. Ils sont effrayants, un condensé de vulgarité dans leurs motivations, leurs actions et même leurs sentiments, les apparences ne sont pas trompeuses, bien
au contraire, ils n’ont pas cette finesse.
Cette proposition de Richard III amène une lecture qui m’était étrangère : Richard III est repoussant, simplement et linéairement abject. Lady Anne est une Pouff, personnage qui n’a que l’innocence de la bêtise crasse dans un physique de poupée gonflable. La fameuse scène où veuve éplorée et haineuse, elle se laisse séduire par le meurtrier de son père et de son mari, n’a plus rien de surprenant et entre tout à fait dans la logique de ces personnages détestables. Ils apparaissent comme une déformation excessive de tous les vices, dans une grossièreté sans concessions.
La pièce s’ouvre sur une citation de Kant : « nous sommes le fruit de notre éducation ». Quel drôle de fruit que voilà. Alors que lors
d’une des scènes clé, des images sont projetées, montrant nos chers dirigeants politiques se serrant amicalement la poigne dans un sourire figé et des images de guerre, je repense aux
raffarinades du type « France d’en haut, France d’en bas ». Je me dis que la société telle qu’elle se présente est le fruit des puissants, qu’il n’y a pas de merde sans quelqu’un pour
chier.
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