14 Juillet 07- Théâtre des Hivernales - Avignon
Le Lac des cygnes comporte un livret, une musique, les conventions de la danse classique, poussée dans une verticalité dans son rapport
au monde et au sacré. Pièce de 1984, déjà marquée par « une vision contemporaine, analytique et fort décapante (…) à la fois pleine d’humour et extrêmement complexe dans sa
composition » - la danse au XX siècle d’Isabelle Ginot et Marcelle Michel-, elle est aujourd’hui reprise par le Ballet de l’opéra d’Avignon, adaptée à son corps de ballet,
pincée de deux contrepoints qui colorent merveilleusement l’ensemble grâce aux solos de François Lebas et d’Aragorn Boulanger, deux singularités atypiques face au moule des interprètes
classiques.
Andy de Groat prend le livret ‘aux mots’ et accompagne sa pièce de deux moments de narration en voix off plurielles, dans une langue
travaillée, teintée du romantisme de son sujet. Petite irrévérence à la danse contemporaine, si frileuse par rapport à la narration, notamment à cause de la danse classique, dans ce complexe
d’être un sous-genre de la musique ; sa narration.
Le Lac des cygnes a une histoire, à la contemporanéité naphtaline, tout comme sa musique, sauf que …
Le chorégraphe reste à priori fidèle au découpage en tableaux, toutefois, casse ce protocole par une entrée en matière de l’homme bleu,
l’aquatique, la matière, celui qui ne reste pas à la surface de l’eau mais donne à voir la complexité du corps, de l’élément.
Il casse également le dispositif frontal, le dénudant, plus de prendrillons, la loge mise à vue, comme une boutique de cocottes en
attente d’être appelées, des cocottes aux cygnes, du statut privilégié de danseur d’opéra à celui pas si lointain de concubin(e) de choix.
Andy de Groat prend la danse classique : une terminologie établie, dont le travail d’écriture se joue dans un « belle marquise,
de beaux yeux, vous avez », un abécédaire presque prévisible. Poussant la logique jusqu’au bout, il le réduit à deux trois figures bien identifiables comme autant de ronds dans l’eau :
des fouettés, des portés, des grands jetés. L’abécédaire devient un ABC, il le décline, le décline, le nuance, l’étire, donne à voir ces ricochets sans fin, dans ce lac à plumes. Que peut-il se
passer quand une terminologie est réduite à son plus simple appareil ? la répéter, la détourner puis l’oublier.
Andy de Groat se démarque ainsi par un formidable et très subtil sens de l’humour, un humour à plusieurs vitesses, avec plusieurs
lectures grâce à sa connaissance de l’histoire de la danse, sa compréhension des corps de ses interprètes et son sens de la composition, dans une architecture sans prétention sous-jacente mais
redoutablement complexe.
L’oubli survient de différentes façons : par quelques pics où toute gestuelle dansée est oubliée pour devenir piétinement
préhistorique ou frétillement dancefloor. L’oubli survient également quand il n’y a plus de danse, quand celle-ci en revient aux fondamentaux : la marche. Une marche de plusieurs minutes,
qui se complexifie, s’évacue dans la musique, l’humour, la présence, un clin d’œil insolent habillé d’un costume jaune poussin des plus improbables.
Les marches s’étirent dans le temps comme elles s’accélèrent, se concluent par un dandinement dénaturé, tout aussi vrai que le ballet du
lac des cygnes aujourd’hui est loin de la nature de son sujet tout comme de l’actualité de son art.
Sauf quand un chorégraphe nous fait découvrir sous l’original de plus d’un siècle, une œuvre d’à peine vingt ans qui n’a rien perdu de
son insolence sensible.
Jeudi 19 juillet 2007
4
19
/07
/2007
11:25
-
Par Sarah
-
Publié dans : Danse
1
Partager
* Commentaires *