N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Christian Moreno à la Monestarié
Dessins peintures 92 - 07 / Du 25 mai au 10 septembre 2007
Chemin des moines - 81 150 Bernac - Visite sur rendez-vous au 05.63.53.14.04 ou 05.63.60.02.42 - lamonestarie@aol.com
J'y suis allée au moment du vernissage, le 25 mai, en tout début de soirée quand la journée frissonne avant la tombée de la nuit.
Accompagnée de ma petite soeur, nous avons emprunté des routes serpentines à la sortie d'Albi pour se garer devant une toute petite église à la recherche de la Monestarié.
Rappelez vous Le Grand Meaulnes :
"Toutes ces bâtisses avaient un mystérieux air de fête. Une sorte de reflet coloré flottait dans les chambres basses où l’on avait
dû allumer aussi, du côté de la campagne, des lanternes."
peu de ça. Sans qu'on puisse le soupçonner, au bout de l'allée, s'élevait une magnifique maison de maître, avec son parc, son solau, des lumières, du monde avec à la main l'élégance d'une ux
étaient envahis de poules ! Qu'est ce que j'ai aimé ce moment. Les poules à vrai dire ne se sont pas révélées tout de suite, certains tableaux très graphiques, ne dévoilaient pas le secret de
leur modèle au premier regard, puis, à bien regarder ...
Il y a comme ça, dans ce décor, avec cet expo, quelque chose de follement dadaïste sur le fond. Quant à la forme, le
sujet semble infini. Cet animal à la réputation de "Bêt(e)ise aîgue" se révèle tour à tour fauve, crayonnée, modèle impertinent qui détourne son cadre, silhouette tout en rondeur et mouvement,
tantôt virgule, tantôt flamme, population dense et colorée, monochrome tachée d'une crête de couleur vive ... des tableaux vivants, presque bavards de caquètements, d'autres silencieux, même une
poule peut être seule, pensive, silencieuse.
Je n'ai pas malheureusement l'image de mon préféré : trois poules sur un fond rouge carmen, trois silhouettes noires qui par leur présence, évoquent dans ce contraste de couleur, l'opéra de
Bizet, la tension de la tauromachie, l'incongruité du modèle, d'un sujet et de son évocation.
Norway of life est un film OVNI de l'ordre de la nouvelle d'anticipation, une société purgatoire suffisamment bien construite pour que nous, contemporains, nous nous y projettions sans
aucune difficulté.
Autopsie d'un synopsis : un homme arrive au fin fond d'un désert, dans une ville très bureaucratique où il doit prendre de nouvelles fonctions. (N'y voyez pas un cousin de Brazil et de
sa critique version "anticipation kafkaïenne" car c'est encore autre chose.)
Tout le monde est adorable, tout se déroule sans accrocs, sans heurts, lisse, sans couleurs et odeurs.
Et c'est bien là que ça cloche.
Aseptisé : v.pass. En parlant d'un mode de vie, d'un milieu, être à l'abri des risques et des difficultés; ouaté.
Asepsie : n.f. 1. Absence de tout germe infectieux. 2.Ensemble des moyens visant à empêcher la contamination par des germes infectieux. (le moyen de l'asepsie est la
stérilisation de tout ce qu'on emploie en chirurgie de telle sorte qu'on ne puisse introduire aucun microbe dans la plaie.)
Petit rappel sur le "purgatoire"
Purgatoire : n.m. (lat.ecclés.purgatorius, du lat.class.purgare, purger). 1.Lieu, état de purification temporaire pour les défunts morts en état de grâce, mais
qui n'ont pas encore atteint la perfection qu'exige la vision béatifique. 2.Lieu, état provisoire où l'on souffre.
Dans ce film, à priori, aucune aspérité dans la vie du notre anti-héro : un boulot, un appart et assez vite des relations sociales.
Le boulot (une sorte de comptable) paraît assez fade, ennuyeux, inscrit visiblement dans un certain confort matériel mais répétitif et sans surprises.
L'appartement : au début réduit aux plus simples commodités, sans charme, devient assez vite quand il aménage avec sa compagne un modèle de magazine de décoration contemporaine
pointue. C'est d'ailleurs une constante dans le film, la froideur d'une urbanité hégémonique n'est pas atténuée, au contraire, mais renforcée par une esthétique irréprochable : que ce soit les
intérieurs de design contemporain, que les habits et coiffures des protagonistes, impeccables et d'un goût sans faute.
Les relations sociales : organisées de façon quotidienne par des dîners, apéros et autres moments de bavardage où aucune individualité ne s'implique, ni n'est mise à mal. Il en est de
même pour les relations 'amoureuses' sans enjeux autre que l'acte copulatoire hygiénique et la réponse à un modèle de normalité sociale consommée sans mise en péril des affects.
L'angoisse s'inscrit au fur et à mesure quand notre anti-héro prend conscience du fonctionnement aseptisé de cette société : l'absence d'odeurs, d'enfants, de musique ... tout
comme l'absence de mise en danger, de risques et donc de nuances, l'impossibilité du malheur entraînant l'impossibilité du bonheur.
Je n'en dirai pas plus. Si ce n'est que le purgatoire, inscrit dans une éternel recommencement, devient un enfer quand on n'est pas un surhomme nietzshéen.
"Il faut se garder de fonder sa vie sur une base d’appétits trop étroite ; car, à s’abstenir des joies que comportent situations, honneurs, corps constitués, voluptés, commodités,
arts, un jour peut venir où l’on s’aperçoit qu’au lieu de la sagesse, c’est le dégoût de vivre que l’on s’est donné pour voisin par ce renoncement. " Humain, trop humain II ; §
337. Danger qui guette les abstinents.
Je ne suis pas vraiment attirée en général par les livres d'anticipation. Je me suis contentée de 1984 et du meilleur des mondes, devenus mes références et ma seule
connaissance en la matière. Si je devais faire une comparaison, et bien j'aurais tendance à rapprocher "Expiration" du "meilleur des mondes".
C'est un livre intelligent et effrayant qui nous présente une société aseptisée où certains travers de notre actualité ont été poussés jusqu'au bout, avec une dimension politique et éthique qui,
par le biais de la fiction, nous assène quelques sueurs.
Tout d'abord le synopsis, tant le livre ferait une merveilleuse adaptation cinématographique (d'ailleurs j'y reviendrais tout bientôt avec le film "norway of life") :
"La vie est belle en Zone 1, quand on habite le centre de Paris, qu'on peut s'acheter des produits naturels, se faire masser par un canapé intelligento u écouter
de la vraie musique. Oui, mais cette existence de rêve est réservée à quelques privilégiés. Tous les autres sont parqués dans des banlieues lugubres où une police omniprésente les surveille.
Rares sont ceux qui parviennent à changer de caste, comme Dessandres, agent de police ne "hors zone", au plus bas de l'échelle, mais dont les chances d'habiter Paris se précisent à mesure qu'il
franchit les épreuves de son tutorat.
Pour sortir du cauchemar, Dessandres doit réussir une ultime et délicate enquête : élucider la mort d'un musicien en plein quartier du Marais. Une mort programmée de longue date, comme celle de
chaque citoyen, sauf que cette fois le corps a disparu ... Pour démêler les fils de cette affaire ultrasensible, il devra d'abord comprendre, lui le flic mal dégrossi, les usages, les rites et
les pièges des nantis".
Bien sûr, je ne suis pas convaincue par quelques postulats pris par la romancière : le découpage par zone bien que correspondant à une réalité sociologique et même géopolitique, ne peut pas être
à ce point radicalisé, ça ne me semble pas tout à fait correspondre aux évolutions historiques et politiques de nos XX et XI siècle (ou bien suis-je une incurable optimiste ?).
Je suis bien plus convaincue par le côté communautaire et corporatiste de sa société fictive. De même, un certain rapport à l'hygiène, aux relations de travail, affectives, aux délires
sécuritaires, est assez intéressant sous la loupe grossissante d' Anna Borrel.
Enfin, j'ai beaucoup aimé cette promenade dans un Paris du futur où monuments, sorties parisiennes gardent leur je ne sais quoi de mythique, tout en devenant déjà un peu cette atlantide tenue à
bout de bras par une société paranoïaque à peine consciente d'être une espèce en voie de disparition.
Concert Cocorosie Toulouse
30 mai 07 - Le Ramier - Toulouse
Quel bonheur le concert de Cocorosie !
Leur dernier album "The adventures of Ghosthorse and stillborn" quitte un peu les terres du folk pour s'aventurer un brin sur le terrain des rythmes hip hop mais, mis à la sauce
human beat box pour garder ce côté artisanal qui leur sied tant.
Elles apparaissent comme deux fées qui joueraient d'une androgynie espiègle pour appuyer une féminité toute musicale, passant du piano, à la harpe, à la boîte à musique tandis qu'un écran
laisse suggérer un visage de femme sur pétales de fleurs en train de fondre. L'une joue de sa voix cristalline tandis que l'autre marque plus d'âpreté dans son chant, lui imprégnant comme une
griffe de feulement.
Une mention spéciale pour le beat boxer Tez, qui ajoute toute sa virtuosité à l'empreinte des Cocorosie.
Il est juste à regretter dans l'avant-première où il nous livre un très performant solo en tant que guest, qu'il n'utilise pas son large échantillon de sonorités et son grand sens du "beat" pour
créer lui même une partition plus singulière et originale au lieu de se réapproprier les incontournables des boîtes.
Mention spéciale également pour le morceau "Japan" du dernier album que j'adore : à la fois cocorosie, à la fois comptine intemporelle, marquée de ruptures et de voix enchantées, enjoué et
feutré, on pourrait danser sans se lasser jusqu'à épuiser terre et souliers.
L'élégance du hérisson - Muriel Barbery
J'avais déjà lu du même auteur "une gourmandise" qui était passé inaperçu auprès du grand public (du moins comparé à l'élégance du hérisson) alors même que pour une fois la
littérature flattait nos papilles tandis que nous suivions un anti-héro pas très sympathique mais avec un certain talent de critique culinaire.
L'élégance du hérisson est un succès en librairie, un succès mérité puisque ce livre est un petit bijou : un plaisir d'écriture, des personnages dont la finesse culturelle et humaine nous
embarque dans une vision joliment subjective de leur entourage et de la vie.
J'ai commencé la première page et je me suis retrouvée greffée à ce livre, j'ai désormais envie de relire tout Tolstoï, de découvrir les films d' Ozu, de jouer au go pour apprendre à construire
une vie dans le respect de l'autre...
Extrait du livre (journal de Paloma 12 ans)
" Alors évidemment, j'ai mes pensées profondes. Mais dans mes pensées profondes, je joue à ce que je suis, hein, finalement, une intello (qui se moque des autres intellos).
Pas toujours très glorieux mais très récréatif. Aussi j'ai pensé qu'il fallait compenser ce côté "gloire de l'esprit" par un autre journal qui parlerait du corps et des choses. Non pas les
pensées profondes de l'esprit mais les chefs-d'oeuvre de la matière. Quelque chose d'incarné, de tangible. Mais de beau ou d'esthétique aussi. A part l'amour, l'amitié et la beauté de l'Art, je
ne vois pas grand chose qui puisse nourrir la vie humaine. L'amour et l'amitié, je suis trop jeune encore pour y prétendre vraiment. Mais l'Art... si j'avais dû vivre, ç'aurait été toute ma vie.
Enfin, quand je dis l'Art, il faut me comprendre : je ne parle pas que des chefs d'oeuvre de maîtres. Même pour Vermeer, je ne tiens pas à la vie. C'est sublime mais c'est mort. Non, moi je pense
à la beauté dans le monde, à ce qui peut nous élever dans le mouvement de la vie. Le journal du mouvement du monde sera donc consacré au mouvement des gens, des corps, voire, si vraiment il n'y a
rien à dire, des choses, et à y trouver quelque chose qui soit suffisamment esthétique pour donner un prix à la vie. De la grâce, de la beauté, de l'harmonie, de l'intensité. Si j'en trouve,
alors je reconsidèrerai peut-être les options : si je trouve un beau mouvement des corps, à défaut d'une belle idée pour l'esprit, peut-être alors que je penserai que la vie vaut la peine d'être
vécue."
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