N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Maguy Marin (Mettre en scène - novembre 2005 - Rennes)
Une forêt urbaine est matérialisée par des pans de plexiglas qui secoués par un souffle, bruissent et ouvrent le spectacle. Le souffle se répercute en matière sonore insupportable et constante
qui ne marquera que de micro pauses durant toute l'heure du spectacle. Ces miroirs qui se reflètent tantôt eux-mêmes, tantôt les acteurs de cette pièce posent un dispositif scénique qui
constituent la trame essentielle du spectacle.
Les acteurs (au sens "personnages qui entrent en action") passent d'un pan de plexiglas à un autre et montrent une action : mettre une veste,
manger une carotte, se jetter dans les bras d'un tiers, actions qui se déclinent à l'infini avec un jeu de reflets, hypnotique. Maguy Marin met en scène l'insupportable d'un quotidien urbain,
froid, absurde, annihilant, anonyme, saturant, la multiplicité des actions qui peuvent composer la journée du tout un chacun sans qu'elles ne prennent de sens, exécutées par une armée d'humains,
qui fuient ainsi le temps, qui courent vers l'asphyxie.
Cette pièce a provoqué de véritables réactions de répulsion du public : pas tant à Rennes, mais au théâtre de la ville à Paris et à Lyon, les spectateurs sont allés jusqu'à tenter d'arrêter le
spectacle.
Le spectacle était à la hauteur de son propos, ne laisse pas indifférent. Un monde insupportable, un spectacle insupportable.
Néanmoins, il est de plus en plus rare de trouver des spectacles qui arrivent à dénoncer l'homo désenchanté, en réinventant un espace où l'art se conjugue avec le sacré. A quand un devoir de
mémoire qui rapelle cette faculté si particulière à l'humain de lutter contre sa condition de mortel au lieu de la subir comme nous avons subi ce spectacle, malgré ses quelques clins d'oeil
fantasmagoriques?
Séminaire Danse et nouvelles technologies, "les Bains numériques" du centre des arts d'Enghien les bains (début
octobre)
Présentation de la première phase de la prochaine création de la compagnie Corps Indice
Ce qu’en dit la chorégraphe (Isabelle Choinière):
Lors de la première phase de notre prochain spectacle, nous avons commencé à explorer une notion du
corps élargi, du corps par les différentes représentations que recouvre la notion de monde intérieur. Cette notion nous vient de la pensée orientale qui présente le monde comme une trame continue
de relations infinies et mutuellement conditionnées. Cela nous conduit à travailler sur la représentation de la surface, de la limite et de la frontière corporelle. Notons que dès le début du XX
siècle, avec le cubisme et des artistes comme Picasso, puis avec l’apparition de l’imagerie 3D, nous avons été initié à l’éclatement de la notion de perspective en faveur d’une conscience
sensorielle instantanée.
C’est cet aspect poétique et parfois sensuel qui nous intéresse à travers le rôle du fantasme, qui se trouve au cœur de nos explorations. Le fantasme nous est apparu comme l’expression de la
virtualité la plus intense dans sa composante organique et, dans notre travail, il représentera la confusion des différentes réalités du corps réel et du corps virtuel. C’est cette étape de notre
travail chorégraphique que nous présentons aujourd’hui.
Isabelle Choinière par cette création veut explorer la notion d’un « corps élargi ». Lors de la présentation de la première phase de cette nouvelle création, l’impression n’est pas tant la
présence d’un corps élargi, que celle d’un espace sensoriel et organique. A la masse corporelle des danseurs, s’ajoute la masse sonore très présente, l’énergie de la fusion de ces deux entités
enveloppe les spectateurs dans une « bulle » sensorielle et fantasmagorique.
Séminaire les bains numériques - Centre des arts Enghien les bains - 2005
Halte au débat Danse et nouvelles technologies, qui prend le pas sur qui?
Isabelle Choinière propose une alternative.
La danse et le mouvement sont présents : une danse de transe pulsionnelle, un corps qui plante racine dans le sol, lourd de sa masse et sensuel, une énergie puissante qui déplace des blocs d'air et bouscule le son par le biais des capteurs sonores.
Cette pièce n'est pas néanmoins une "pièce chorégraphique", mais un objet d'une nouvelle sorte : une "pièce sensorielle et corporelle". La
fusion de tous les procédés est telle qu'il faut lui réserver cette place à part. Danse, performance, musique accoustique, vidéo, numérique...
Présence projetée et virtuelle, présence physique se mêlent en un jeu organisé par un réseau "nouvel-technologique".
C'est très intéressant d'être spectateur d'une telle proposition poétique; les repères et habitus de spectateur disparaissent, le dépaysement est des plus sensoriels.
(France - Mozambique) - Paris quartier d'été 2005
Interprétation : Sandra Martinez
Chorégraphe : Panaïbra Gabriel
Un bel hommage à son interprète. Panaïbra Gabriel explore par le corps même de Sandra Martinez, le sujet de sa pièce, à savoir Sandra Martinez.
Qui est Sandra Martinez?
Un personnage fictif qui inspire visiblement les anonymes dont on entend les voix off, captées lors d'un micro trottoir, tantôt personnage historique échappé du XVIII siècle pour émanciper les femmes, une vapeur d'alcool, des yeux incroyables... mais surtout, une femme, forte de présence et de charisme, traversée des réponses identitaires qui la mettent en mouvement, tout en énergies, souffles soudainement coupées, ralentis et accélérés, clins d'oeil, paradoxes, humour et sensualité.
Un portrait qui colle à sa danseuse comme ces robes pleines d'eau qui petit à petit l'habillent.
Interprétation : Jean-Baptiste André
Chorégraphe : Christian Rizzo
Paris quartier d'été 2005
Christian Rizzo retravaille ici un solo monté il y a trois ans et le donne en interprétation au très talentueux Jean-Baptiste André.
Un motard, sans visage, à face de mouche, apparaît, casqué et tout de noir vêtu. Homme insecte, homme araigné, homme accidenté. Lentement, il se noue et se dénoue, prend la pose, puis coupe tout et marche, terriblement viril, imperceptible roulement d'épaules qui fait tout.
Puis non, parfois il ne marche pas, il se déplace, insecte. Plie son corps et le casse et l'étire, enfermé dans cette boîte invisible dont il rapelle sans cesse les limites de sa main noire, également enfermée dans un gant, comme son corps dans cette tenue de motard et son visage dans sa résille de mouche.
Puis, le musique s'impose, rend, dans un premier temps, sa messe d'insecte absurde, cocasse, puis l'émotion s'immisce imperceptible, un poil
tragique, un peu sombre, mais très beau.
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