Samedi 8 novembre - Au Théâtre Garonne -
Toulouse
Il est intéressant de s'interroger sur l'"âge de raison" des chorégraphes les plus connus. Tout d'abord, parce que la plupart ont traversé et marqué ces dernières décennies de danse : des années
70 à aujourd'hui. Ensuite parce que les lieux de diffusion souvent, de façon plus ou moins implicite, nous y invitent.
Avec Larrieu, Mark Tompkins, Michel Anne de Mey, notamment dans leurs reprises, j'avais retrouvé une certaine légèreté, presque une insoucience, mais aussi des acquis désormais datés dans leurs
postulats .
Chopinot aime remuer, bousculer son petit monde. Il y a souvent chez elle, une énergie assez incroyable, et définitivement, un tempérament.
Pourtant avec Cornucopiae, voilà, qu'elle me surprend, bien plus qu'avec Wha, où je ne perdais pas ses repères. Voilà aussi qu'elle s'ancre, bien douloureusement dans son
présent.
Par certains aspects, je pense fortement au Maguy Marin de May B. Mais je m'égare.
A
priori : une scène blanche et crue, surmontée de pans faits comme en aluminium, trois carcasses de chevaux au sol, des peaux de bêtes, seules touches de couleurs, seules traces de vivants, de
vivants qui ne sont plus ? Arrive un petit groupe ; des silhouettes engoncées dans des costumes ouatés blancs, mi-esquimaux, mi personnages d'enki-bilal, mi-antarctique, mi
science-fiction avec une constante : les visages cachés par des pelles. Ils resteront anonymes jusqu'au bout.
Dans le traitement des mouvements du groupe, on retrouve un peu de May B : des déplacements et une gestuelle qui semblent assez archaïques ou dessinés d'archétypes, de l'ordre du tribal,
voire même du primordial et très syncopés par la profusion d'arrêts, de temps morts.
La mort, l'absence sont d'ailleurs, malgré l'humour (assez désespéré), très présentes. Elles semblent avoir effacé les visages, les vivants, l'humain. Le langage lui-même, lettres qui se crient,
impérieuses et pathétiques, menaçantes et ludiques, incompréhensibles, le langage se délite. L'énumération de tout ce qui est ou n'est plus, n'en finit pas, drôle et angoissante. Les mots
ricochent sur du vide. Une ritournelle plane et semble venir de très loin, de trop loin. Les tableaux se figent comme autant de battements de paupières que l'on ne souhaite pas
visionnaires.
Je me souviens ce roman terrible, The Road de Mac Carthy.
L'âge de raison de Chopinot s'exprime dans une pièce bien sombre malgré cette clarté, ce jusqu'au boutisme. Un parti-pris sans concessions que le public a bien du mal à partager.
La salle se vide, se remplit d'absents.
La pièce se termine, le temps de l'éphémère s'efface dans sa propre mort.
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Théâtre Garonne lien : Ici
Pièce chorégraphique conçue et réalisée par Régine Chopinot
Avec John Bateman, Tuan Anh Bui, Régine Chopinot, Alexandre Del Perugia, Gianni-Grégory Fornet, Virginie Garcia, Dennis O'Connor, Daisuke Tomita
Scénographie, textes et costumes : Jean-Michel Bruyère
Lumière : Maryse Gautier
Réalisation sonore d'après Henri Chopin : Nicolas Barillot
Crédit Photo : J.Garcia
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Je remercie la Cie de Régine Chopinot pour ce visuel.
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Théâtre de la Cité internationale - Paris - Du 2 au 25 octobre
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