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Festival d'Avignon - 10 juillet 2010
Le fil conducteur peut paraître un prétexte fragile : prendre l'ouvrage Merce
Cunningham, un siècle de danse et tourner les pages de ce livre d'images qui retrace l'oeuvre du maître pour créer un event : "la danse a lieu entre deux postures, deux positions. Je suppose
ainsi qu'il est possible d'inventer une pièce à partir de cette partition d'images, performée du début à la fin.
D'un côté, il s'agirait d'une pièce purement « fake Cunningham », mais de l'autre, je pense que si nous y parvenons, c'est au contraire réellement d'une pièce de Cunningham qu'il s'agirait, un
event méta-Cunninghamien avec un aperçu de toute sa vie et son œuvre...
Je considère que cette expérience est partie intégrante de notre recherche, de notre intérêt spécifique pour la question de l'archive, de l'histoire et des partitions, qui pourrait ici rencontrer
sa dimension tumultueuse : l'histoire tout entière de l'œuvre d'une vie devenue livre, transformée à son tour en une pièce élaborée par une poignée de danseurs. » (Charmatz)
En réalité, il n'y a là aucun prétexte mais une intelligence fine, impertinente et non dépourvue d'humour. J'aime voir l'appropriation libre par un chorégraphe qui écrit le présent de la danse, d'une oeuvre qui appartient à l'histoire de cet art, la circulation entre le passé et le présent.
Le rapport aux images, sa mise en mouvements, se fait dans une grande jubilation.
Un mouvement, performé, certes cultivé, mais un rien espiègle, comme une éternelle jeunesse pour ceux qui sont dedans, dans le vivant de notre temps, flux continu, contenant
d'éphémère.
Aujourd'hui, des grands sont partis, dans le silence : Odile Duboc, Pina Bausch, Merce. Sans nostalgie, la danse a une mémoire vive, Charmatz m'a fait entrer dans son mouvement.
avec François Chaignaud, Boris Charmatz, Raphaëlle Delaunay, Olivia Grandville, Christophe Ives, Marlène Monteiro-Freitas
libre interprétation d'après les
photos du livre Merce Cunningham, un demi-siècle de danse de Davis Vaughan, direction de l'ouvrage Mélissa Harris, Editions Plume, 1997
Vendredi 6 février au TNT Toulouse - Festival C'est de la danse
contemporaine
La scène est fracturée de deux pans obliques tandis qu'un troisième en fond de scène complète la mise en espace des volumes. Solos, duos, trios, quatuors se succèdent : les interprètes jouent
avec le déséquilibre, se mêlent et s'entremêlent dans une danse, musicale et technique, esthétique et complètement anachronique. Les Impromptus auraient pu voir le jour dans les années
quatre-vingt, dans le plaisir de la danse et de la musique, avant la vague plus conceptuelle et avant-gardiste. Les interprètes courrent et dansent.
Bien sûr, il y a l'intermède plus grave, où les danseurs se tachent de peinture rouge, barbouillent le sol. L'instant devenu plus grave, forcément les danseurs ne dansent plus.
Pourquoi anachronique ? Parce que l'heure n'est plus au simple plaisir de danser et bien que Sasha Waltz choisisse le parti pris des corps et de la beauté, finalement elle ne s'y tient pas, elle
sent que cela ne peut plus être et se perd dans quelques effets de dramaturgie entre le chant à capella, la peinture, le bain. Comment occuper une scène et danser ces impromptus
dans la liberté de ce titre ? Est-ce seulement encore possible ?
De là, je me surprends à me demander : où est la danse ? Depuis Bagouet et à part des compagnies néo-classiques comme Forsythe, Preljocaj qu'on ne saurait plus trop définir, l'écriture
chorégraphique ne sait trop comment s'inscrire dans notre époque contemporaine. Comme si la danse avait une légèreté insupportable, difficile à faire entrer en terre quand l'époque est plus
sombre, comme si le corps était trop vivant. Chopinot du coup, étouffe ces corps dans le carcan des costumes et les cache d'un pelle. Maguy Marin les rend fantasmagoriques et présences
lancinantes dans des visions qui tiennent d'un onirisme angoissé. Où est la danse ? Où est partie l'envie de danser des auteurs qui sont initialement des danseurs et pourquoi la danse, ainsi
choisit par Sasha Waltz me semble tellement anachronique ? Scénographie, dramaturgie et danse semblent se regarder en chien de faïence comme si cette dernière épuisait tout ressort créatif
dans son propre jaillissement et rendait impossible toute parole sur le monde qui nous entoure.
Où est la danse et que dire de l'humain ? Les créateurs ne peuvent plus exprimer l'humain par la danse, le silence se fait et il déplacent le corps du danseur comme une entité plastique, un
élément mobile et charismatique d'un dispositif. Est-il devenu douloureux de le regarder en face, de le sentir vivant, de le regarder bouger ? Pourquoi cette impression de vacuité ?
Pourquoi quand cela est tenté, je ressens un tel anachronisme ?
Sasha Waltz évacue toutes ces questions dans une esthétique formelle d'un autre âge et je suis seule face à ces interrogations.
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Direction de la chorégraphie : Sasha Waltz ; Danse et chorégraphie : Maria Marta Colusi, Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola, Luc
Dunberry, Michal Mualem, Yael Schnell, Claudia de Serpa Soares, Xuan Shi ; Scénographie : Thomas Schenk, Sasha Waltz ; Création costumes : Christine Birkle ; Création lumières : Martin Hauk ;
Piano : Margaretha Heller ; Maquilleuse : Kati Heimann
29 novembre au Théâtre Garonne - Toulouse
P.O.M.P.E.I est un spectacle très riche, de différentes couches de lectures, interprétations, incertitudes.
P.O.M.P.E.I : "événement premier qui foudroie la forme et qui est peut-être la véritable origine et le véritable destin de toute forme. C'est dans ce vide que s'est déposé le sentiment de notre vulnérabilité et de notre possibilité d'éternité."
Et s'il y avait des questions, et s'il y avait mes tentatives de réponse. Parce qu'il faut bien reconnaître que le spectateur essaie toujours de remplir, d'apprivoiser ce qui lui est donné à voir.
Pourquoi le regard ? La pièce s'ouvre sur un texte dit par trois voix de
femme sur l'oeil, le regard. Le fondement est posé : la relation s'établit par le regard. C'est lui qui dans un premier temps nous donne une première perception de la réalité. Sait-on regarder
pour autant ? Arrivons-nous à entrer en dialogue avec la volonté propre du créateur. De part et d'autres, le désir est toujours vif de se comprendre, d'avoir compris et l'impuissance est un
abîme. La danse fait verbe, fait corps, donne existence comme ces trois corps qui entrent en scène, vont et viennent, face à face avec le public qui note, pourtant, qu'un oeil est vide. Ils
dansent en nous regardant avec un oeil vivant et un oeil mort, et le sourire ! Tout l'art de Caterina Sagna pourrait se résumer dans cette métaphore.
Pourquoi les trois femmes ? Elles apparaissent comme des figures démiurgiques. Je ne peux pas m'empêcher de penser que Caterina Sagna est une femme et que depuis déjà deux créations que je vois d'elle, elle travaille sur des interprètes masculins. Ces trois femmes sont dans la toute puissance de l'image : celle-ci est fixée, parfaite puisqu'inchangeable et déterminée, elle ne peut être autrement, si imperfection il y a, c'est précisément dans cette détermination-là, sa fatalité.
Trois femmes d'âges différents, en dialogue direct avec les danseurs. Trois femmes comme les parques. Elles échappent à notre entendement. La femme par essence donne vie, la mort est au féminin également. Dans une BD de Comes que j'aime beaucoup, l'Ombre du Corbeau, il y a trois personnages, trois figures démiurgiques qui interviennent dans le déroulement de la guerre : une vieille femme (la mort de vieillesse), une jeune femme pour la mort douce et l'enfant, la mort cruelle. Trois figures qui de fait, s'attachent à l'humain, dans l'amour ou la haine.
L'image fait face au corps, l'écrase. Comme toutes images, elle prend le pas sur le vivant.
Ces femmes nous ramènent dans une douloureuse conscience du temps et de la fragilité humaine.
Pourquoi l'humour et la douleur ? J'avais également ressenti ça dans Basso Ostinato. Dans Pompéi, c'est bien plus flagrant. Pompéi est parcouru d'un souffle et de très beaux tableaux, les interprètes sont formidables et amènent l'intensité de leur présence. Et pourtant, ce serait trop facile de s'en contenter. Il faut l'ironie pour pincer la beauté des formes, des gestes, de la danse. La parole prend le pas sur la danse, tourne en dérision, avec tendresse, mais avec persistance. La réalité est à la fois dérisoire et sublimement tragique. Les danseurs se frappent et se repirent, tout comme dans Basso Ostinato, ils étaient à deux doigts de se faire vomir. Le corps tente de rejoindre ces figures démiurgiques mais, de formes en formes, il se déforme et s'écrase, masse informe, vouée à son impuissante horizontalité, créature kafkaïenne, dans la douleur de cette conscience.
Caterina Sagna est une cynique au sens philosophique du terme. Ses interprètes finissent à quatre pattes. Ses figures démiurgiques se mettent à nu en nous regardant. Tout comme Diogène, elle pointe sa lanterne, déploie beauté et douleur, nous drape, nous mord.
Pourquoi Pompéi ? Pourquoi Pompéi... C'est presque un idéal, un paradoxe utopique et monstrueux. Celui de figer l'incompréhension du monde et de l'humain dans une forme, une attitude inoffensive, intelligible, définitive. Faire taire la danse et son verbe. Oublier le dire et son ironie. Effacer la douleur. Figer le temps. Tout garder et tout effacer. C'est l'inhumaine éternité.
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Programmation du Théâtre Garonne : Lien ICI
Chorégraphie : Caterina Sagna
Interprètes : Alessandro Bernardeschi, Antonio Montanile, Mauro Paccagnella
Interprète vidéo : Viviane de Muynk, Maria Fossati, Pietro Ercolino
Dramaturgie : Roberto Frattini Serafide
Conseiller musical : Luca Berni
Décors et costumes : Tobia Ercolino
Lumière : Philippe Gladieux
Merci à la cie Caterina Sagna pour le visuel
Ce visuel n'est pas libre de droit
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