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Festival off d'avignon - juillet 2006
Le Roi se meurt et la basse
court se décompose en plusieurs parties.
Dans un petit cercle rapproché, tout commence par un moment centré sur les danseurs qui se mettent au plus près des spectateurs avec chacun leur musique mise en douce : les danseurs transmettent quelque chose de l'ordre de l'effleurement, du mouvement qui s'approche et se dérobe, s'avoue et se chuchote, tout près, prêt à marquer le présence et l'absence, l'instant et le souvenir.
Ce même toucher devient après sur scène quelque chose de plus violent, un toucher impulsion, manipulateur, moteur d'un duel de corps.
Le corps entouré de contraintes, la création entourée de contraintes, telle est le sujet politique d'un discours humouristique fait de sonorités et onomatopées dont on devine les abréviations symptomatiques d'une culture qui se décode en DRAC, COSA, EPCC, ADDM, ASSEDIC, CDC, CND, CCN et autres barbarismes.
Les danseurs se prêtent au jeu des poupées qui glissent emballés dans un costume qui prend la lumière et rapelle l'esthétique baroque puis ils reviennent à une forme épurée où par le mouvement, ils peuvent se vider, se vider de quoi ? du besoin d'enlever une peau morte pour crier que le roi se meurt vive le roi, dire qu'ils se sentent aussi éclatés que leur spectacle fragmenté, et que pour se rassembler, ils ont besoin d'être écoutés et pour cela regardés.
Festival d'Avignon off - juillet 2006
Les vrais coups de coeur sont rares, les vrais coups de cafard aussi. Il y avait très longtemps que je n'avais pas vu un aussi mauvais spectacle.
Au départ une scénographie toute simple, avec des pans de taules blancs. Les danseuses sont également en blancs. Les couleurs de femme seront donc à chercher dans la danse, sa force, sa conviction, pour un sujet dont la complexité est extrême derrière son apparente banalité.
Puis, finalement, je me retrouve spectatrice d' une danse qui se regarde danser, d'un narcissisme lassant, sur des musiques mystico dramatiques où il est facile de prendre la pause dans un air de souffrance, pour finalement retourner à ses minauderies ; poignets cassés vulgairement précieux pour une gestuellement faussement délicate, mains sur la poitrine ou sur les fesses ou en cache sexe en triste synthèse de la nature féminine. Même les taules ne sont là que pour mettre en valeur un cambré dramatique sur musique à saturation de pathos. A un moment il y a bien une tentative de transformer les taules en percussions, sans grands succès, un enfant n'aurait pas mieux fait et se serait plus vite lassé.
Des fourmis ont alors commencé à me grignoter les jambes tandis qu'un petit diable sur mon épaule me criait de partir. Je suis restée, non par volonté propre de rester jusqu'au bout que pétrifiée par ce que je voyais tourner en creux et en rond (au littéral comme au figuré).
J'ai horreur quand la danse devient le vecteur puissant d'un narcissisme puant, comme c'est souvent le cas chez certains danseurs ou amateurs, le roi soleil en avait peut-être le charisme et le sacrement divin fut une époque, mais c'était il y a longtemps.
Ensuite, je suis farouchement misogyne des bonnes femmes qui ont le goût d'un pathos sois-disant féminin très stéréotypé : le mythe foutraque de la femme, petite chose délicate, souffreteuse d'une sensibilité proche d'une sorte d' hystérie policée. Et merde ! Une femme n'est pas un petit objet de porcelaine aux décoratifs niais, ça chie et ça pisse, ça pète aussi parfois.
Couleurs de femme aurait besoin d'un petit coup de vitriol façon Zampa.
Juillet 2006 - Festival off d'Avignon
Même pas seuls : un couple sans communication, spectateur de la boite à fiction à laquelle ils s'identifient, un cercle vicieux , la télévision comme distorsion de nos fantasmes et de notre réalité, la télévision comme moteur d'une raison d'être, finalement ils ne communiquent plus que par télévision interposée ou en référence à celle-ci. Même pas seuls avec ce drôle de fil conducteur : apprendre par la télévision à remplir le vide du quotidien, apprendre à onomatoper pour tout dialogue, à singer en guise de jeu, voire même apprendre à s'aimer par le biais de cette tierce présence qui rend tout possible ; évacuer ses frustations, verser définitivement sa vie dans l'artifice de sa réalité.
Voici un duo faussement narratif sur le quotidien d'un couple "France d'en bas" pour reprendre cette raffarinade qui mettra du temps à se démoder tellement le raccourcis a la force d'un slogan publicitaire. Faussement narratif parce que le ton nuancé est fortement inscrit dans le mouvement, avec une trame fantoche à la constance comique (le couple suit la télévision où passe notamment ce film à la mélodie pipeau emblématique, à savoir le titanic) ; un ton dépourvu de mépris ou de condescendance mais non dépourvu d'humour et d'énergie, ni d'une certaine acidité. L'énergie de la danse est d'ailleurs ce qui donne toute sa justesse au ton du duo : elle emporte ses personnages au-delà de leur histoire, leur donne une constance et permet d'espérer pour eux autre chose qu'une médiocrité sans issue, une humanité sans intelligence et tendresse. Une force qui doit juste trouver une issue, espére-t-on, un sens tout simplement, joli vecteur à cette question que la danse comme narration non linéaire, non figée, une narration indéterminée, une narration sans fatalité.
de et avec Magali Milian et Romuald Luydlin -
Avignon Off - Théâtre des Hivernales -
Crédit photo : Erik Damiano
" Au centre le corps comme une épine saillante, précipité, rassemblé, il est le pivot d'une écriture. (...) c'est une poussée de fièvre à
mettre en scène "
Track 4 présente un duo vocal de caractères ou caractériel selon : vocalises qui passent par différents états émotionnels, douceur et sauvagerie, onomatopées ou feulements, elles se font leur petite tranche de liberté vocale.
Track 2 : un homme surgit, bottes cuissardes, tête rasée, avec dans ses mains un bloc de glace. Il semble sorti d'une matrice, où il aurait été modelé en être écorché, à vif, à la recherche d'on ne sait quoi. Il avance, saccadé, pas tout à fait désarticulé, c'est encore autre chose, disons plutôt pas tout à fait coordonné et pourtant d'une présence physique puissante, sur ses bottes cuissardes à talons. Les muscles sont bandés, une forme de sauvagerie fige son expression, il souffle tel un cheval qui ne peut plus galoper et s'en effraie parce qu'il ne sait pas où il va pouvoir évacuer tout son bouillonement. Il est beau, il apparaît un peu comme un fantasme tordu par un cauchemar surgi de je ne sais quelle obscurité, un homme chimère, un homme centaure qui finit par trouver sa voie dans une conclusion sado-maso, une dernière extase sur fond de coups de fouet et de cris de plaisir.
Track 1 : une femme troue la scène d'une bouteille de verre qui vient se briser en mille morceaux. A partir de là, on ne voit plus que sa chair qui s'articule dans une véritable indifférence pour cette scène de verre, une scène danger, qui peut taillader et couper. On voit un corps de femme, un corps tendre et qui pourtant dans ses mouvements, apparaît lui-même tailladé , parcouru d'électro-chocs invisibles, qui ne se devinent que dans ce regard fermé sur une sorte de "par-delà". Ce corps se met dans un état qui n'est ni transe, ni pulsion, ni épuisement et pourtant ça tient un peu de tout ça, et elle atteint en effet ce par-delà, parcouru de ce picotement électrique qui la fait onduler, au sol, jambes écartées, vers le point névralgique des bris de glace.
Voir plus de photos : http://www.ipernity.com/home/eedee
Festival In - Avignon - Cour du lycée Saint-Joseph
Vêpres : vespres, fin XIIe, lat, relig, vesperae, de vespera "soir" - Heures de l'office, dites autrefois le soir, aujourd'hui dans l'après-midi (après nones et avant complies).Là, il était 22 heures.
Tout de suite la pâte C de B
: une scénographie majestueuse, une musique live faite pour envahir de grands espaces, des interprètes exceptionnels, le thème des Vsprs me rapelle Foi de Sidi Larbi Cherkaoui
qui m'avait saisie deux ans auparavant à Bruxelles et qui continue à faire son chemin en moi.
Et dans cet iceberg de tissus blancs, à la droite du spectateur la musique, Monteverdi, un groupe de musique baroque et tzigane, une chanteuse magnifique, une voix qui s'élève directement jusqu'aux cieux, soulève le coeur, et le porte également dans ce mouvement vertical, en partant du bas ventre. La musique baroque, j'en avais déjà parlé dans le Boivin a une beauté hors de toute proportion, de l'ordre de l'orgasme comme du sacré. D'ailleurs, il suffit de lire certains textes religieux pour voir qu'une révélation divine porte cette ambiguité : organique, orgasmique et après, au-delà de la chair, au-delà de tout ; l'illumination.
Le sacré doit passer par le profane pour s'en extraire. Ce sont deux entités distinctes qui s'opposent l'une à l'autre, et n'existent que l'une par rapport à l'autre, qui impliquent une hiérarchie de valeurs et de croyances. Le sacré est ce qui culmine, ne souffre aucune opposition, concession, ce qui est au-delà, ne se comprend peut-être même pas, ce à quoi on accède après des rites, une préparation, pour s'extraire de tout ce qui nous entoure et nous compose ; le profane. Caillois et Eliade en parlent très bien. Nous sommes censés être une société d'athés, mais même si Dieu est mort et la religion avec lui, le sacré et ses rites, semblent faire partie de l'humain dès lors qu'il a un résidu de conscience, ainsi le sacré est juste transposé ailleurs, en politique, on a vu les dégâts que ça a déjà fait dans le marxisme, exemple paroxystique de schizophrénie athée, ou dans la poursuite du rien parce que même si c'est le rien, l'être humain a besoin d'un but, consumériste, hédoniste, peu importe, il court après son ombre, avec des rites, cryptoreligieux, d'autant plus risibles qu'ils s'ignorent comme tels.
Je crois que l'homme, même le plus stupide, se retrouve de façon plus ou moins consciente face à sa condition d'Horizontal, il sait qu'il est mortel, alors il se cherche une verticalité, quelle qu'elle soit. Dans un cas il est à terre, dans l'autre il se croit debout.
Comment dire ? Choisir cette musique et ce propos est d'une ambition folle et nécessaire. Comment ne pas faire le parallèle avec l'art, avec notre société contemporaine et encore plus avec la danse : être debout, être horizontal, être chair, aller par-delà ses limites, creuser verticalité et horizontalité, et faire de tout ça, la danse.
Pourtant j'ai été déçue, je crois que Platel n'a pas été à la hauteur de son propos : l'humour c'est comme pincer le quotidien pour lui faire mal tout en le chatouillant et là, en guise de profane, on a un discours qui se veut drôle sur le caca, qui applatit plus qu'il ne se fait signifiant. Le choix du travail sur l'hystérie a le danger des évidences : c'est certes un état de corps qui permet d'explorer l'excès et les limites du corps mais attention au sens, il s'agit d'une névrose de symptômes organiques qui traduisent en réalité des troubles neurologiques, psychologiques ; c'est une pathologie de la simulation en quelque sorte. Beaucoup (trop) de chorégraphes s'intéressent à l'hystérie comme un raccourcis vers l'exploration du dépassement de soi (dépassement du corps et de la raison), tout en affichant finalement une véritable indifférence pour cette souffrance, ce qu'elle est et représente. L'hystérie n'est pas une étape vers un état de transe, ce n'est pas la même chose, il serait temps de le comprendre.
Heureusement il y a cette scène finale, sur le magnificat où la transe se fait chair et orgasme, passage du profane au sacré. Platel a mis tout son spectacle pour aller à l'essentiel, après moultes bavardages horizontaux, il trouve enfin sa verticalité. Toutefois, il faut du temps pour dépasser le profane, tout ce bavardage n'était peut-être que rite, celui des chorégraphes contemporains qui essaient de trouver du sens, englués dans notre contemporanéité certes plutôt hystérique, pour atteindre, enfin, le moment de grâce.
Voir également l'article du Tadorne : parce qu'il est bon de voir que nous ne sommes pas formatés et qu'à chaque spectacle, un millier de ressentis.
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