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articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Jeudi 07 décembre - Villefranche de Rouergue
Le lac des
cygnes, à priori, c'est la musique de Tchaïkovsky et un livret. Richard Nadal a gardé la musique et nous a livré trois clochards patogeant dans une mare aux canards peu ragoutantes.
Surprenant mais bienvenu, voici finalement une lecture assez juste de cette musique qui mêle drame et grandiloquence. En effet, le tragique transpire par toutes les pores de cette partition mais ce côté excessif aujourd'hui du côté romantique prédispose à une lecture décalée. Soudain, le lac des cygnes est le terrain idéal pour évoquer le côté pathétique des marginaux, pouvant dans un même élan nous dégouter et nous émouvoir.
L'humain qui, marginalisé, se découvre une humanité volatile, pouvant s'évanouir, réapparaître, volage. De là, une danse sur les genoux, gracieuse, tentant un envol, puis finalement, se résignant à trouver une grande poésie dans cette impuissante horizontalité. De là, une parodie de la grâce classique, un doigt pointé sur la distorsion entre la quête du beau et une toute autre réalité, une parodie toutes en jambes et ports de bras alimentée par une énergie sauvage et débridée au sourire un brin pervers. De là, une pieta qui tente d'entourer une homme salamandre qui s'enroule et s'enroule et s'enroule, sans trouver place où finir de s'épuiser. De là la conclusion, un homme qui s'accouche d'une clocharde et d'une poubelle, un homme plumé, entouré de ses ouailles, absurdes et grotesques, dans leur cour des miracles.
Toulouse - TNT - 29 novembre 2006
De l'après midi
d'un faune, il y a d'abord la musique de Debussy : une mélodie de volutes et volupté, une légèreté, une insouciance, puis le faune, chimère homme et bête à la sensualité troublante, un appel, un
profil, puis le plaisir, scène finale d'une jouissance solitaire.
Keersmaeker rend un très bel hommage à cette pièce du répertoire en y mettant sa pâte. Une danse à l'épiderme érotique. Ouverture sur des images éthérées qui se mouvent dans leur propre contemplation.
Le cadre étant déposé, un solo magnifique du faune : un corps noueux qui délie ses muscles comme un cheval qui s'étire, prêt à ruer comme à hennir, mais allongé félin plus que chevalin, il se réveille puis se repose, une main au centre des pulsions, le visage caché en un repli pudique.
La scénographie par son plafond de néons amène une tension lumineuse et un silence chargé d'une vibration. Les interprètes, nudité sous robe de voile, costumes androgynes, portent une danse qui épouse la musique, visions oniriques ou fantasmagoriques, légèreté et volutes, confusion des genres, langueur et nervosité mais aussi impertinence aux clins d'oeil décalés.
C'est un beau moment, révérence au passé et un présent qui s'assume dans le plaisir des corps, la danse.
Performance danse au Pas Perdu - Samedi 04 novembre 2006 - Albi
"la danse est mue par une perte de soi qu'elle manifeste perpétuellement, fuite du sens et création de l'instant sont dans la tension d'un espace imminent, vital. La danse évide le corps, l?espace, le temps de toutes substances narratives, imminence du regard pour lui-même à l'opposé de tout regard en quête d'un objet, abstraction de l'espace évidé rythmé et cependant imprégnance tactile du lieu tout entier. L'homme saute d'une idée à l'autre, sa rapidité délaisse les survivances, gomme les images, dissout toutes les empreintes, retour du même incomplet, le regard lâche, s'oublie dans la durée fuyante du mouvement étiré délaissé comme une tension infinie. "
(je remets ci-dessus le texte de la performance parce qu'il retranscrit vraiment mon ressenti, je ne fais que répéter finalement ci-dessous ce qui est précédemment écrit)
Travail commencé avec
quatre danseurs, devenu deux solis, Marc Vincent explore cette absence, palpable, dans l'espace, de cette danse resserrée sur deux corps, créée à partir de quatre.
Au début, rien, pendant quelques minutes, devenues soudain très étirées : seule présence d'un homme debout, que nous savons danseur, qui marque juste sa présence ... de sa présence. Une présence et autour, rien, une tension, la musique qui s'annonce timidement, crisse, disparaît et revient.
Puis le mouvement, déplace des volumes, jaillit d'une énergie sauvage (pas du tout policée, tout à fait à part) et pourtant parfaitement
maîtrisée, la rapidité, les matières sont des surgissements qui marquent un présent en constante disparition, et pourtant là et bien là, dont la présence garde un peu de sa précédente absence
sans jamais rien anticiper. Une présence donc totale, petit à petit, plus rien, à peine un écho, puis un danseur immobile et de dos, un volume plein de ses survivances.
St Affrique - 18/10/2006
avec Bérengère Fournier, Aurélien Leglaunec, Marta Mella
Avec cette pièce Philippe Priasso veut nous montrer les coulisses d'une création : la répétition. Il pose un
thème prétexte "le vilain petit canard" qui, du prétexte, devient finalement le fil conducteur omniprésent de cette répétition. Tour à tour les danseurs investissent ce rôle, quelques dissensions
apparaissent au sein de la compagnie, le chorégraphe ne sait pas trop où il en est et conclue sur un "à quoi bon".
C'est frais et léger, le spectateur passe un moment assez agréable. On sent que le chorégraphe aime ses danseurs et il les met joliment en valeur.
Il y a Bérangère, une femme bras et jambes, avec un regard aux yeux bleus grand (et non un grand regard aux yeux bleux ... : ) ). Elle les lance et les rattrape en des figures géométriques presque enfantines, elle s'en amuse et nous prend à partie, très affirmée, l'accent latin point d'exclamation.
Il y a Martha, petit bout de femme très belle, et qui, peut-être à cause de cette beauté, se sent assez quelconque. Mais le fait est que c'est une belle danseuse (et non une danseuse belle ... : ) ).
Il y a Aurélien, un joli corps amassé en muscles et douceur. C'est un discret à la bouche accidentée, la petite souffrance qui fait tout son charme. Il ne cherche pas à contrebalancer la double présence féminine mais lui aussi, quand il danse, il est là.
Après, j' ai été déçue par le jeu des voix off et la structure d'ensemble. Il me semble que la Répétition est restée très légère par rapport à son double sujet : la création chorégraphique et le phénomène de bouc émissaire. Sur un ton tout aussi ludique, je préfère par exemple A propos de Butterfly de José Besprovany qui est passé cet été aux hivernales d'Avignon. Quant au thème du bouc émissaire, je renverrai volontiers aux écrits de René Girard.
Toutefois, la Répétition est un moment bien sympathique.
Chorégraphe : Myriam Naisy
Toulouse - Odyssud - 26 Septembre 2006
La première partie se joue sur différents coups de dés qui donnent la combinaison de l'ensemble : danses, lumières, costumes. Le dé fait penser à Cunningham référence inévitable du traitement de l'aléatoire et les costumes ne sont pas sans rappeler Nikolaïs. A priori nous serions au coeur de la danse contemporaine, qui se met en danger, avec l'exigence d'une technicité pointue sur musique contemporaine toute aussi pointue.
Parfois on lance un morceau de musique, il a son autonomie, il se joue, qu'on y soit ou pas, il est là, on l'écoute, mais il nous précède et parfois dans son emballement part trop loin devant pour qu'on puisse le suivre.
Dès la première partie, j'ai eu cette impression : une belle danse, esthétique, une facilité d'écriture évidente qui malheureusement ne prend pas le temps d'une respiration, se dilue dans sa boulimie de mots alors même que la musique aurait pu l'inviter à des temps de suspension, un goût de l'épure, du fugace, de l'intensité dans un éphémère sans autre trace que celui de son écho. Bizarrement, cette danse finit par atteindre dans ce trop plein une certaine immobilité glacée.
La seconde partie rentre plus dans une jubilation du mouvement qui emporte beaucoup plus son spectateur. Il y a une générosité, un plaisir du corps qui est là et se transmet. La mise en danger, toujours par l'aléatoire pour l' ordre de l'ensemble lance les danseurs dans une course intéressante.
Néanmoins, subsiste toujours cette volonté de contrôle total qui exclue toutes possibilités de marge de manoeuvre par l'accident, qui exclue toute acceptation du risque, étrange pour une pièce qui se construit sur l'aléatoire. Et pourtant, ce bref moment où l'une des interprètes principales reste simplement en culotte et débardeur tandis que les autres danseurs ont eu le temps d'enfiler un costume tout en voiles, impromptu et accidentel, ce contraste et cette solitude amenait enfin ce petit quelque chose de fugace et simple qui fait taire alors tout bavardage.
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