Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
Eça de Queirós, José Maria (1845-1900)
 

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Avec le temps va

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Grenier

dans quel état ..

 N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).

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     PS / Mai-août : le blog va faire une pause avec peut-être quelques clins d'oeil de ci de là et reviendra en force à la rentrée. Donc patience.
Par-contre, n'oubliez les autres blogs du réseau qui préparent cette période festivalière et seront bien plus présents que je pourrai l'être cette année !

 de et avec Magali Milian et Romuald Luydlin -

Avignon Off - Théâtre des Hivernales -

 

 Crédit photo : Erik Damiano
 
" Au centre le corps comme une épine saillante, précipité, rassemblé, il est le pivot d'une écriture. (...) c'est une poussée de fièvre à mettre en scène "

  Track 4 présente un duo vocal de caractères ou caractériel selon : vocalises qui passent par différents états émotionnels, douceur et sauvagerie, onomatopées ou feulements, elles se font leur petite tranche de liberté vocale.

 Track 2 : un homme surgit, bottes cuissardes, tête rasée, avec dans ses mains un bloc de glace. Il semble sorti d'une matrice, où il aurait été modelé en être écorché, à vif, à la recherche d'on ne sait quoi. Il avance, saccadé, pas tout à fait désarticulé, c'est encore autre chose, disons plutôt pas tout à fait coordonné et pourtant d'une présence physique puissante, sur ses bottes cuissardes à talons. Les muscles sont bandés, une forme de sauvagerie fige son expression, il souffle tel un cheval qui ne peut plus galoper et s'en effraie parce qu'il ne sait pas où il va pouvoir évacuer tout son bouillonement. Il est beau, il apparaît un peu comme un fantasme tordu par un cauchemar surgi de je ne sais quelle obscurité, un homme chimère, un homme centaure qui finit par trouver sa voie dans une conclusion sado-maso, une dernière extase sur fond de coups de fouet et de cris de plaisir.

 Track 1 : une femme troue la scène d'une bouteille de verre qui vient se briser en mille morceaux. A partir de là, on ne voit plus que sa chair qui s'articule dans une véritable indifférence pour cette scène de verre, une scène danger, qui peut taillader et couper. On voit un corps de femme, un corps tendre et qui pourtant dans ses mouvements, apparaît lui-même tailladé , parcouru d'électro-chocs invisibles, qui ne se devinent que dans ce regard fermé sur une sorte de "par-delà". Ce corps se met dans un état qui n'est ni transe, ni pulsion, ni épuisement et pourtant ça tient un peu de tout ça, et elle atteint en effet ce par-delà, parcouru de ce picotement électrique qui la fait onduler, au sol, jambes écartées, vers le point névralgique des bris de glace.

 Voir plus de photos : http://www.ipernity.com/home/eedee

Vendredi 28 juillet 2006
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Danse - Voir les 3 commentaires
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 Festival In - Avignon - Cour du lycée Saint-Joseph

Vêpres : vespres, fin XIIe, lat, relig, vesperae, de vespera "soir" - Heures de l'office, dites autrefois le soir, aujourd'hui dans l'après-midi (après nones et avant complies).                                                

                                                            Là, il était 22 heures.

Tout de suite la pâte C de B : une scénographie majestueuse, une musique live faite pour envahir de grands espaces, des interprètes exceptionnels, le thème des Vsprs me rapelle Foi de Sidi Larbi Cherkaoui qui m'avait saisie deux ans auparavant à Bruxelles et qui continue à faire son chemin en moi.

 Et dans cet iceberg de tissus blancs, à la droite du spectateur la musique, Monteverdi, un groupe de musique baroque et tzigane, une chanteuse magnifique, une voix qui s'élève directement jusqu'aux cieux, soulève le coeur, et le porte également dans ce mouvement vertical, en partant du bas ventre. La musique baroque, j'en avais déjà parlé dans le Boivin a une beauté hors de toute proportion, de l'ordre de l'orgasme comme du sacré. D'ailleurs, il suffit de lire certains textes religieux pour voir qu'une révélation divine porte cette ambiguité : organique, orgasmique et après, au-delà de la chair, au-delà de tout ; l'illumination.

 Le sacré doit passer par le profane pour s'en extraire. Ce sont deux entités distinctes qui s'opposent l'une à l'autre, et n'existent que l'une par rapport à l'autre, qui impliquent une hiérarchie de valeurs et de croyances. Le sacré est ce qui culmine, ne souffre aucune opposition, concession, ce qui est au-delà, ne se comprend peut-être même pas, ce à quoi on accède après des rites, une préparation, pour s'extraire de tout ce qui nous entoure et nous compose ; le profane. Caillois et Eliade en parlent très bien. Nous sommes censés être une société d'athés, mais même si Dieu est mort et la religion avec lui, le sacré et ses rites, semblent faire partie de l'humain dès lors qu'il a un résidu de conscience, ainsi le sacré est juste transposé ailleurs, en politique, on a vu les dégâts que ça a déjà fait  dans le marxisme, exemple paroxystique de schizophrénie athée, ou dans la poursuite du rien parce que même si c'est le rien, l'être humain a besoin d'un but, consumériste, hédoniste, peu importe, il court après son ombre, avec des rites, cryptoreligieux, d'autant plus risibles qu'ils s'ignorent comme tels.

 Je crois que l'homme, même le plus stupide, se retrouve de façon plus ou moins consciente face à sa condition d'Horizontal, il sait qu'il est mortel, alors il se cherche une verticalité, quelle qu'elle soit. Dans un cas il est à terre, dans l'autre il se croit debout.

 Comment dire ? Choisir cette musique et ce propos est d'une ambition folle et nécessaire. Comment ne pas faire le parallèle avec l'art, avec notre société contemporaine et encore plus avec la danse : être debout, être horizontal, être chair, aller par-delà ses limites, creuser verticalité et horizontalité, et faire de tout ça, la danse.

 Pourtant j'ai été déçue, je crois que Platel n'a pas été à la hauteur de son propos : l'humour c'est comme pincer le quotidien pour lui faire mal tout en le chatouillant et là, en guise de profane, on a un discours qui se veut drôle sur le caca, qui applatit plus qu'il ne se fait signifiant. Le choix du travail sur l'hystérie a le danger des évidences : c'est certes un état de corps qui permet d'explorer l'excès et les limites du corps mais attention au sens, il s'agit d'une névrose de symptômes organiques qui traduisent en réalité des troubles neurologiques, psychologiques ; c'est une pathologie de la simulation en quelque sorte. Beaucoup (trop) de chorégraphes s'intéressent à l'hystérie comme un raccourcis vers l'exploration du dépassement de soi (dépassement du corps et de la raison), tout en affichant finalement une véritable indifférence pour cette souffrance, ce qu'elle est et représente. L'hystérie n'est pas une étape vers un état de transe, ce n'est pas la même chose, il serait temps de le comprendre.

 Heureusement il y a cette scène finale, sur le magnificat où la transe se fait chair et orgasme, passage du profane au sacré. Platel a mis tout son spectacle pour aller à l'essentiel, après moultes bavardages horizontaux, il trouve enfin sa verticalité. Toutefois, il faut du temps pour dépasser le profane, tout ce bavardage n'était peut-être que rite, celui des chorégraphes contemporains qui essaient de trouver du sens, englués dans notre contemporanéité certes plutôt hystérique, pour atteindre, enfin, le moment de grâce.

 Voir également l'article du Tadorne : parce qu'il est bon de voir que nous ne sommes pas formatés et qu'à chaque spectacle, un millier de ressentis.

Dimanche 23 juillet 2006
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Danse - Voir les 3 commentaires
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Dimanche 21 mai - Extérieurs Danse du Festival Détours - Parc Foucault Gaillac

Petit objet complètement non identifié contemporain hip hop, chorégraphie Aragorn Boulanger

Duo masculin siamois : ils s'affrontent, dos à la musculature mouvante, se détachent et évoluent dans des sphères hors de toute temporalité, si ce n'est le large nuancier de la musique à la contemporanéité abstraite et éclatée.

La base hip hop est présente mais amenée dans une écriture gestuelle tout à fait singulière et étonnante.

Les micromouvements stromboscopes dissèquent, taillent et détaillent le mouvement, amènent paradoxalement une danse fluide, aux corps architectes grâcieux et puissants, tantôt incisions géométriques découpées, tantôt spirales d'une infinie douceur.

Les deux danseurs sont d'une présence et d'une subtilité d'une extrême sensibilité : ils imposent, sans s'imposer, entièrement investis dans leur étrangeté, un moment d'une grande intensité.

Lundi 22 mai 2006
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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 Festival Détours Samedi 20 mai 2006 - Gaillac

 En voyant la dernière création de la compagnie le dégorgeoir, petite pièce merveilleuse pleine de fantaisie et poésie, proche du Nadj des début, en plus innocent et plus frais, je me suis dit : "oui, vraiment, l'étiquette "amateur", "professionnel" ne fait pas l'intérêt de l'oeuvre". Puis : "non, en fait, amateur, c'est un terme important, essentiel, "amateur", c'est celui qui aime". En regardant la pièce, cet à part soi, est devenu une évidence :

 Se faire un univers

en forme de pt'it chez soi

où on se sent bien

quelque chose de fragile

quelque chose de beau

quelque chose d'essentiel

y déposer sa maladresse en toute simplicité

dans quelques pas

bricoles et bricatouilles

et le sculpter

suspendre quelques ballons

laisser le corps

à son mouvement

Parfois c'est une poésie

qui  se transforme en chorégraphie

s'offre pudique

au public

Danser

Danser tout le long de la musique

la vitesse ou la lenteur de l'amateur

n'ayant aucun rapport

avec la nécessité, le métier

Quand la magie prend

il arrive

d'oublier

bricoles et bricatouilles

de voyager avec les danseurs

dans leur p 'tit chez soi

de fantaisie et poésie

puis

s'y sentir bien

se laisser toucher par l'étranger

emporter l'image du ballon

emporter leur p 'tit chez soi

Valises, Fil, et ces messieurs dames Hulot

Se rappeler que

si l'oiseau ne chante pas

c'est mauvais signe

signe que le tableau est mauvais

mais s'il chante c'est bon signe

signe que vous pouvez signer

alors vous arrachez tout doucement

une des plumes de l'oiseau

et vous écrivez "amateur "dans un coin du tableau.

Dimanche 21 mai 2006
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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Mazamet - 08 avril 2006 - "je danse donc j'y suis", organisé par l'ADDA du Tarn

 

 

 

Mister Ex creuse cette particule qui lui tient lieu d'identité. Ecriture gestuelle en focalisation interne : par Mister Ex, à travers Mister Ex, ce solo exprime les traces d'empreintes multiples.

Le corps se présente vecteur d'un passé, celui d'un homme noir aux confluents de la culture occidentale et africaine, le corps s'affirme moteur de son présent en une danse métissée de son héritage jazz et de son incription contemporaine.

Ce monologue dansé pose ici le mouvement comme passeur vers une identité libre, nourrie de son histoire et de sa pluralité culturelle et dont la facture s'imprègne de toute la singularité d'une introspection personnelle et intime.

 

*** je me permets de reprendre le texte de présentation de la pièce, mais comme j'en suis l'auteur  ; )

Lundi 10 avril 2006
- Par nectar.safran@hotmail.fr - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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