N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos
articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, producteur de disques ! Fraîchement nommé à la tête du Théâtre National de l’Opéra Comique depuis juin 2007, les
voilà producteurs d’un groupe de folk, country aux accents américains, plus que français.
Une voix,
un violon, quelques machines, le tout géré par la même personne, et hop vous avez un projet musical plein de richesses, de rupture, de subtilité, de surprises, de rebondissement, un vrai
opéra moderne en quelque sorte, mais sans atteindre, quand même, la puissance dramaturgique de la musique de Magma.
25 janvier à Mazamet - Festival C'est de la danse contemporaine
La pâte C de la B. En soi
toute une charte qui va de la musique Baroque portée par une voix magnifique live, à la virtuosité des interprètes, un brin de folie parfaitement maîtrisé (n'y voyez aucun paradoxe), une
scénographie, un brassage esthétique (théâtral, chorégraphique, circassien, musical), un attrait pour les extrêmes, un discours
politique ou du moins engagé.
C'est un spectacle réussi bien qu'il y ait quelques longueurs, un goût de déjà vu chez les C de la B dans la maîtrise des états extrêmes.
Toutefois, l'entrée en matière, l'effet de groupe dans les balancés donnent tout de suite le ton, un souffle qui ne peut laisser indifférent.
La gestuelle, souvent éblouisssante pour les parties dansées, un peu plus convenu dans le langage circassien (accro-portés), prend en effet toute sa force dès que le groupe s'en mêle. Les Ballets
C de la B sont une communauté d'individus, des présences et des corps, chacun inscrits dans une singularité (mais aussi une histoire comme on a déjà pu le découvrir lors du merveilleux film
Par ci Pal là) qui ne s'annihilent pas en s'additionnant, au contraire, s'appuient les uns les autres de leurs convictions et technicité d'interprètes, transmettent une énergie, une
dynamique.
Le cauchemar de Darwin apparaît dans quelques rapports de force. Il y a une volonté certaine du chorégraphe de dénonciation. Il choisit de ramener le propos à des confrontations individuelles.
Pourquoi pas. Là où on gagne une autre dimension à mon avis, en tout cas dans le propos, est plutôt, dans ce choix récurrent de la musique baroque.
Pourquoi ce choix, de plus en plus constant, chez les chorégraphes, de ce répertoire musical ? Presque une évidence. La beauté certes. Ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas, je crois la
réponse essentielle. Il me semble, que la musique romantique et baroque est comme un écrin qui a traversé le temps, dont la richesse est complexe, et la beauté lumineuse et donc, elle est en soi
comme une forme d'évidence. En soi, ce répertoire est rassurant parce que cette perfection là, cette universalité là existe. Dès lors, on peut y cogner les angoisses contemporaines, les angoisses
créatives. De nouveau, je peux y retrouver ma dualité beauté/pathétique. Pour jouer les métaphores musicales, on peut y tenter toutes formes de contrepoint : face à ce répertoire musical, les
petites comme les grandes choses prennent du relief.
Les créateurs peuvent s'y casser la figure mais quoi qu'il en soit, ils peuvent se consoler, parce que la tentative est presque aussi belle qu'un tableau de Boticelli.
Parfois, aussi, le dialogue établit une grande compréhension de ces différences, soit d'une incapacité, soit d'une sublimation, du panache dans
l'espoir comme le désespoir.
J'ai lu récemment le dernier opus de Zadie Smith : "De la Beauté". Le titre peut intriguer. A tort l'éditeur s'est
cru obliger de préciser que le livre aurait aussi bien pu s'appeller "De l'amour". "De la beauté" nous plonge dans une tranche de vie d'une famille afro-britannique. Le
métissage, la question identitaire et pluriculturelle sont des questions que creusent avec pertinence et humour cette jeune écrivaine.
Elle nous présente une famille et un couple notamment : Kiki, une personnalité lumineuse et entière, une épouse et une mère qui, tout en ayant une grande lucidité et les pieds sur terre, garde en
elle un besoin d'absolu et le porte merveilleusement bien. Toutefois son époux adultère casse cette foi en la trompant. Il trahit son couple en introduisant la médiocrité dans leur histoire.
C'est pourquoi "De la Beauté" va si bien au livre. Bien qu'il s'agisse d'histoires de couples et de familles qui auraient pu se réduire à un "De l'amour", il est ici question d'aspiration et
d'inspiration, du besoin d'être dans le vrai, de porter haut sa vérité, d'où l'importance du personnage de Kiki et celui, pourtant plus discret de l'épouse Kipps.
J'ai mieux compris ce titre à l'aune des deux derniers spectacles que j'ai vu. Dans Assoiffés, on plonge dans l'histoire d'un adolescent idéaliste et mort alors qu'il a trouvé une
réponse à son flot d'interrogations. Le ressort énergique et l'humour de la pièce repose entre autres sur l'ambiguité adolescente : un entre deux, enfant/adulte, tiraillé entre l'exaltation
passionnée, entière, sans concession, le sublime, et la contamination des réalités, la tranformation du corps, l'incertitude, la maladresse, le pathétique. La quête de la beauté tout au long de
la pièce est comme la recherche d'un vaccin à une mort imminente. La mort néanmoins arrivée, le personnage principal, sauvé par Norvège, peut gagner la postérité.
D'une certaine manière, le même questionnement semble traverser Basso Ostinato. Le pathétique est bien présent, s'exprime physiquement jusqu'à l'écoeurement pour le spectateur. Il y a
comme une négation de la Beauté et par là même l'inspiration de la pièce, l'aspiration de nos angoisses.
Il ne s'agit donc plus de crise adolescente mais d'une crise, avec l'opposition entre beauté et pathétique. Le pathétique n'est plus une douleur en soi, paradoxalement si on en revient à
l'étymologie du terme, c'est la perte de la beauté qui nous fait souffrir désormais.
Il ne s'agit plus d'une posture esthétique, il s'agit bien d'une question qui vise nos vies, nos choix de vie. Au delà de toute dialectique cartésienne, c'est devenu une question de foi.
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