Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
Eça de Queirós, José Maria (1845-1900)
 

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Danse

 

14 Juillet 07- Théâtre des Hivernales - Avignon

 


degroat-copie-1.jpg    Le Lac des cygnes comporte un livret, une musique, les conventions de la danse classique, poussée dans une verticalité dans son rapport au monde et au sacré. Pièce de 1984, déjà marquée par « une vision contemporaine, analytique et fort décapante (…) à la fois pleine d’humour et extrêmement complexe dans sa composition » - la danse au XX siècle d’Isabelle Ginot et Marcelle Michel-, elle est aujourd’hui reprise par le Ballet de l’opéra d’Avignon, adaptée à son corps de ballet, pincée de deux contrepoints qui colorent merveilleusement l’ensemble grâce aux solos de François Lebas et d’Aragorn Boulanger, deux singularités atypiques face au moule des interprètes classiques.

 
Andy de Groat prend le livret ‘aux mots’ et accompagne sa pièce de deux moments de narration en voix off plurielles, dans une langue travaillée, teintée du romantisme de son sujet. Petite irrévérence à la danse contemporaine, si frileuse par rapport à la narration, notamment à cause de la danse classique, dans ce complexe d’être un sous-genre de la musique ; sa narration. 
 
Le Lac des cygnes a une histoire, à la contemporanéité naphtaline, tout comme sa musique, sauf que … 
 
Le chorégraphe reste à priori fidèle au découpage en tableaux, toutefois, casse ce protocole par une entrée en matière de l’homme bleu, l’aquatique, la matière, celui qui ne reste pas à la surface de l’eau mais donne à voir la complexité du corps, de l’élément.
 
Il casse également le dispositif frontal, le dénudant, plus de prendrillons, la loge mise à vue, comme une boutique de cocottes en attente d’être appelées, des cocottes aux cygnes, du statut privilégié de danseur d’opéra à celui pas si lointain de concubin(e) de choix.
 
Andy de Groat prend la danse classique : une terminologie établie, dont le travail d’écriture se joue dans un « belle marquise, de beaux yeux, vous avez », un abécédaire presque prévisible. Poussant la logique jusqu’au bout, il le réduit à deux trois figures bien identifiables comme autant de ronds dans l’eau : des fouettés, des portés, des grands jetés. L’abécédaire devient un ABC, il le décline, le décline, le nuance, l’étire, donne à voir ces ricochets sans fin, dans ce lac à plumes. Que peut-il se passer quand une terminologie est réduite à son plus simple appareil ? la répéter, la détourner puis l’oublier.
 
Andy de Groat se démarque ainsi par un formidable et très subtil sens de l’humour, un humour à plusieurs vitesses, avec plusieurs lectures grâce à sa connaissance de l’histoire de la danse, sa compréhension des corps de ses interprètes et son sens de la composition, dans une architecture sans prétention sous-jacente mais redoutablement complexe.
 
L’oubli survient de différentes façons : par quelques pics où toute gestuelle dansée est oubliée pour devenir piétinement préhistorique ou frétillement dancefloor. L’oubli survient également quand il n’y a plus de danse, quand celle-ci en revient aux fondamentaux : la marche. Une marche de plusieurs minutes, qui se complexifie, s’évacue dans la musique, l’humour, la présence, un clin d’œil insolent habillé d’un costume jaune poussin des plus improbables.
Les marches s’étirent dans le temps comme elles s’accélèrent, se concluent par un dandinement dénaturé, tout aussi vrai que le ballet du lac des cygnes aujourd’hui est loin de la nature de son sujet tout comme de l’actualité de son art. 
 
Sauf quand un chorégraphe nous fait découvrir sous l’original de plus d’un siècle, une œuvre d’à peine vingt ans qui n’a rien perdu de son insolence sensible.    
Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /2007 11:25
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 1 commentaires
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Festival Detours - Mercredi 9 mai - maison de la découverte Cap'découverte

   J'avais vu cette pièce il y a deux trois ans au Fourneau à Brest. Elle était présentée sous forme de circulation où les spectateurs découvraient les danseurs, devant, derrière, entre eux, parmi eux.

 Passants retrace l'aventure de la compagnie Ex Nihilo qui pendant plusieurs semaines à toutes heures de la journée, ont mené des improvisations dans les quartiers de Marseille. Des images, paroles, retracent cette aventure. Mais également une scénographie me semble-t-il assez imprégnée de cette ville bigarrée, au linge qui sèche aux balcons des maisons, aux couleurs populaires, avec un côté désordonné méditerranéen sympathique de prime abord, parfois un peu rude, parce qu'il y a une énergie diffuse qui explose, éclate par moments, tourbillone, emporte.

PASSANTS.jpg

 Dès lors arrive la danse de la compagnie, une danse engagée et que j'ai ressenti, trois ans après, de façon bien plus militante que lors de la première fois. La danse s'entoure d'un décor de cartons qui amortit des chutes, des portés musclés, une prise de risque permanente. les spectateurs cette fois se sont assis tout autour, il n'y a plus de circulation, plus de mise en abîme entre les passants et les spectateurs, la boucle n'est pas bouclée. Les danseurs sont dans un cercle scénique dont ils repoussent les limites par une mise en danger permanente sans toutefois franchir la limite qui blesserait les regardants. Ils dégagent une énergie brute et une implication totale, le contraste est alors étonnant entre notre assemblée, dans une certaine passivité et eux. Les quelques paroles volées aux passants renvoient à l'utilité de l'existence même des danseurs, beaucoup d'efforts et d'énergie dépensés pour quoi, pour qui ?

 C'est alors que surgit l'intime n'est-ce pas ? Tandis que les artistes galèrent pour porter ce message, nous sommes les réceptacles d'une question dont la réponse se trouve au centre de nos individualités, quand nous quittons l'anonymat pour affirmer une communauté d'humains.

 ☼ ☼ ☼ ☼

 

Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /2007 14:32
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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 Festival Rebonds - Albi - 16 mars

 Premier solo  - Une rose est une rose avec Simone Gomis

 Une danseuse est plantée dans le sol, jambes tendues. Son centre ainsi harnaché déploie le haut du corps dans une circularité qui gagne en vitesse et donc en puissance, tandis que quelques gestes tentent de s'échapper pour finir aspirés par cette rotation. Arrivé à une sorte de transe, on a l'impression que ce corps sculpté de muscles, un cyclone qui déplace l'air pour retourner à la terre, entre dans une écriture chorégraphique cosmographique.

 Deuxième solo - La formule des hanches avec Aline Azcoaga

  Tandis qu'une lune coupe la verticalité en deux, une femme évolue dans une danse qui a un grand sens de la découpe, des séquences chorégraphiques liées dans une même tension se succèdent comme autant d'intensités qui s'auto-contrôlent par l'usage très subtil des silences.

Dès lors, le geste, plein, d'une extrême précision, s'apprécie comme un élément d'une grande rareté : concis, beau, essentiel.

Se dessine dans l'identité chorégraphique d'Heddy Maalem, les enjeux suivants : une danse au corps maître et délicat ; puissant sans user de force. Des interprètes ayant une 'expressivité de présence ' c'est à dire dotés d'une corporéité charismatique. Et enfin, une danse, dont les mouvements suivent une partition singulière, sans fioritures, à la beauté non ostentatoire mais saisissante, véhiculant une lecture toute aussi essentielle que multiple, évidente et impénétrable.

   Troisième solo - Reconstruction de Venus avec Laia Llorca Lezcano

Une femme nue évolue sur la musique qui amène comme un éblouissement, la nudité dans son aveuglant dénuement. Dans un geste de 'sublimation', mains tendus vers le public, elle semble capter les énergies tout autant qu'elle semble s'offrir. Ce solo en deux temps, joue sur le regard, l'acte de regarder un corps. Cet aller-retour (regardant-regardé), par la nudité de l'interprète, est réduit à l'essentiel, un corps bouge, on le regarde, un corps sexué qui ne s'impose pas comme tel sur le fil de l'intime mais se regarde presque au sens pictural : une blancheur irréelle, des lignes mouvantes, tandis que la danse finalement l'habille et le quatrième mur crée la distance.

   La pratique de l'ombre - Serge Anagonou et Shush Tenin

 Ce duo masculin m'a renvoyée à l'humain et à la notion de solitude qui sous-tend ces pièces. L'homme qui porte l'homme, un face à face qui s'appuie sur cet apprentissage; s'aimer, s'accompagner, s'abandonner, se suivre, se prendre par la main, se laisser guider...

La puissance se mêle à une grande fragilité chez Heddy Maalem.

Nous en revenons à la solitude et au regard, aux interprètes et à leurs spectateurs.

Il paraît que nous ne sommes jamais seuls, point d'existence sans cet extérieur, le regard d'autrui qui nous définit mais également cet intérieur, son propre regard sur soi-même.

Jolie mise en abîme qui fait traîner l'écho de ces instants, longtemps.

 ☼ ☼ ☼ ☼ ☼ ☼

Samedi 17 mars 2007 6 17 /03 /2007 10:56
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 2 commentaires
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Festival Rebonds Albi - 07 Mars - Athanor

  Sur un mélange très éclectique de musique, dans un univers froid, métallisé et bleu, un intérieur de château tout en pierre, plane le conte de Perrault.

Toutes jeunes femmes, et tous jeunes hommes se font face. Les jeunes femmes sont séductrices, manipulatrices, sûres d'elles pour ne pas dire dominantes. Les jeunes hommes paraissent dans un premier temps moins expressifs, animés d'une souffrance sourde, dans des tentatives de communication qui les laissent dans une grande solitude. Puis vient l'affrontement, la violence, l'issue d'une rencontre fatale qui s'est heurtée à un grand manque d'amour.

Les danseurs de Josette Baïz sont impressionnants de présence et de technicité. Il y a donc une sorte de distorsion entre leurs physiques juvéniles et leurs interprétations de danseurs, distorsion qui vient parfaire le décalage entre l'atrocité d'une histoire qui n'est autre qu'un conte pour enfants.

Ils y injectent leurs impatiences d'adolescents, une fougue, une énergie qui s'exprime par une danse métissée d'une culture actuelle qui se nourrit de tout sans préjugés et qui passe de l'héritage classique, à la danse hip hop, jazz, orientale, moderne, aux qualités contemporaines.

Ils y injectent également une adoption, digestion de la violence, exorcisée par la danse, une forme de rebellion gaie et vivante, malgré la lecture très sombre d'un conte à la couleur glacée.

☼ ☼ ☼ ☼

Samedi 10 mars 2007 6 10 /03 /2007 10:44
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 1 commentaires
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 "Empty moves se nourrit des actions et mouvements inspirés par les paroles et phonèmes lus par John Cage au Teatro Lirico de Milan et enregistrés en public le 2 décembre 1977."

   

 La bande sonore inclue le texte de Cage et les réactions plutôt vives du public milanais lors de l'enregistrement. Bien que la partie 'musicale' soit un peu fatiguante sur la longueur, j'ai beaucoup aimé ce parti pris, l'intégration dans l'oeuvre d'un élément délibérément ingrat, assumé comme tel qui finit par créer néanmoins un rythme proche d'un flux continue au débit lent, hypnotique, à la distanciation matérialisée par l'indifférence et l'opiniatreté de Cage au moment de la performance. Amener de la danse là-dessus m'a renvoyée à une actualité dans la création contemporaine brulante : notamment aux créations de Maguy Marin et au parti pris d'Umwelt par exemple (qui a amené des réactions du public très violentes) mais aussi à la question du public et du rapport des créateurs à leurs spectateurs, du dilemme entre démagogie stérile de création et création autiste du public.

 Il n'empêche que dans le cas d'Empty moves le pari est assez réussi. La danse s'affirme dans une absence totale d'intentions, dans la même distance que son fond sonore, avec le même esprit potache pas ostensiblement affiché mais distillé dans une attitude d'ensemble.

 La danse de Preljocaj est belle, sans la culpabilité du beau de la création contemporaine, un 'je m'en fous' qui s'enorgueillit de technicité et d'une écriture chorégraphique ininterrompue, très bavarde. Dans ce débit verbal du mouvement, s'en dégage néanmoins quelque chose d'assez épuré et d'une futilité nécessaire.

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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /2007 08:28
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 1 commentaires
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