Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
Eça de Queirós, José Maria (1845-1900)
 

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Avec le temps va

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dans quel état ..

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Livres

 

Haruki Murakami est un phénomène littéraire au japon et commence à devenir également très connu à l'étranger.

 J'en suis à son deuxième livre. Après avoir lu Au sud de la frontière à l'ouest du soleil, j'ai attaqué les amants du Spoutnik.

 Murakami a une singularité certes mais suffisamment ténue pour ne pas pouvoir le qualifier facilement : d'après les livres que j'ai lu, deux constantes ; la présence d'une histoire d'amour mais non réellement vécue, dans le non dit, dans l'entreligne, quelque chose dans l'air dont les protagonistes ont conscience mais contrarié, contrarié par de l'immatériel, du suggéré, du ressenti. Autre constante : cette impression de flottement qui déteint sur la réalité pour la faire basculer dans une subjectivité tellement prégnante qu'elle amène une irréalité impressive.

 Et pourtant son écriture s'attache à la banalité, au quotidien, il ne bascule que de façon très subtile vers ce que j'ai décrit précédemment, il nous capte par un fil très fragile.

 Il y a en effet quelque chose de plat, d'incolore dans son écriture, dans la façon dont il aborde son histoire et nous la restitue. C'est ce décalage entre sa singularité et cette forme sans relief qui amène cette lecture très particulière de ces livres, qui me laissent à chaque fois un peu dubitative, entre l'envie de dire j'ai adoré et de dire ça m'a laissée indifférente. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il me laisse avec ces deux impressions contradictoires, à l'image même finalement de son oeuvre, comme pour inscrire définitivement dans la chair de son lecteur, ce profond sentiment de solitude, d'où émerge malgré tout une petite pousse de merveilleux.

Samedi 23 décembre 2006 6 23 /12 /2006 14:57
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 3 commentaires
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 Prix Renaudot 2006

Entre la fable et le conte africain, un brin parodique, Mémoires de porc-épic nous raconte l'histoire d'un porc-epic, "double nuisible" d'un homme du nom de Kibandi qui lui ordonne toutes sortes d'actes malveillants et meurtriers à l'encontre de ses voisins villageois inopportuns.

Sans autres ponctuations que la virgule, la lecture se fait fleuve et facile, agréable, rapide. L'histoire est assez courte, ironique, avec quelques passages drôles grâce au procédé de la narration menée via un porc-epic.

Après, je suis peut-être restée un peu en surface mais je n'y vois pas un livre majeur. Je ne pense pas qu'il me marquera, ni qu'il ait un caractère réellement exceptionnel.

Disons que ce peut être un cadeau pas trop risqué pour un lecteur moyennement attentif qui prendra beaucoup de plaisir à cette lecture sans réels efforts et sans avoir à y consacrer trop de temps, une jolie virgule entre dérision et malice.

Lundi 11 décembre 2006 1 11 /12 /2006 16:47
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 0 commentaires
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  J'aime les livres, les films et les spectacles qui parlent de et à nos sens ; j'avais adoré l'Odeur de Radhika Jha. Un très beau livre où une jeune indienne immigrée en banlieue parisienne, utilise son exceptionnel odorat pour cuisiner en "écoutant " les parfums des épices et aliments, en écoutant ce qu'ils lui dictent. De même dans sa vie, les odeurs l'accompagnent et marquent son rapport aux autres et à ses émotions. Il y avait dans ce livre de merveilleux passages sur l'art de cuisiner. Cuisine et sensualité vont de paire. Dans Dona flor et ses deux maris, il y a un rapport direct avec les plaisirs de la chair, sous toutes leurs formes, avec en plus une sorte de jubilation pleine de gaieté. Là-aussi, de merveilleuses descriptions de plats et de la façon dont ils ont été cuisinés.

S'intéresser à l'art de cuisiner et de goûter en littérature, c'est comme s'intéresser aux alchimistes. Il y a d'un côté la personne puis son art de faire, il peut y avoir un décalage entre les deux, comme une part de mystère et en même temps d'intimité révélée.

 Dans Mangez-moi, d'Agnès Desarthe, c'est ce rapport entre les deux qui tient l'histoire, à travers le personnage de Myriam. Mangez-moi, c'est un besoin qui part du ventre, celui d'être aimé, d'appartenir au monde. Le livre mêle une histoire passée douloureuse et un présent heureusement très vivant, un personnage mené par ses appétits à la sensibilité fleur de peau et à la générosité un brin sauvage et parfois agressive. La sociabilité se cuisine précautionneusement, puis il n'y a plus qu'à goûter et enfin, à être mangé.

  Extrait du livre

 Il faut faire à manger. Le soleil chauffe, les gens voudront des salades. Je me lance dans un épluchage en désordre. C'est une technique peu orthodoxe et qui me fait sans doute perdre du temps, mais elle me convient. Elle consiste à tout faire en même temps. Je sors mes crudités, mes légumes, les herbes et plusieurs couteaux : économe, lame lisse, lame à dents. Je coupe un demi-concombre que je tranche ultra-fin, je file aux haricots verts que j'équeute, et glisse mes betteraves entières dans le four, j'évide les avocats, les pamplemousses, je plonge les blettes dans l'eau bouillante. L'idée est de ne surtout pas s'ennuyer. La théorie, car j'ai une théorie de l'épluchage, est qu'il faut laisser une place à l'aléatoire. En cuisine, comme en toute chose, nous avons tendance à brider nos instincts. La vitesse et la chaos autorise une légère perte de contrôle. Couper les légumes selon des formes et des calibres différents encourage des alliances que l'on n'aurait pas songé à pratiquer autrement. Dans la salade de champignons, concombre et mâche, le cerfeuil doit rester entier, en pluches, afin de créer le contraste, car les autres ingrédients sont pelliculaires, presque transparents et glissants. Si sa tige fine et ses minuscules branchules ne contredisaient pas l'alanguissement général, encore accentué par la crème fleurette qui remplace l'huile dans l'assaisonnement, on sombrerait dans la mélancolie. L'équilibre est la clé et je ne crois pas que l'équilibre puisse naître de la préméditation. C'est une pensée dangereuse, mais si souvent mise à l'épreuve que je suis prête à prendre le pari. L'humain penche. Il ne le sait pas. Mais il penche. Cela s'appelle une tendance, une inclination, une manie. Pour qu'un plat soit réussi, il faut que le rapport entre le tendre et le croquant, entre l'amer et le doux, entre le sucré et le piquant, entre l'humide et le sec existe et soit soumis à la tension de ces couples adverses. Personne n'est assez tolérant ni assez inventif pour respecter les contraires, il convient donc de leur ouvrir la voie de la contrebande, de la clandestinité.

 

Vendredi 1 décembre 2006 5 01 /12 /2006 10:58
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 0 commentaires
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Ce livre suit les traces d'une personnalité assez insaisissable mais plutôt fascinante qui le contamine de son emprise musicale et inquiète. L'auteur ne sait pas trop où poser les pieds, s'agit-il du portrait d'un génie ? Oui, on en a bien l'impression. De là, le mystère de comprendre la vie d'un mortel qui n'en est plus tout à fait un.

 Parfois la prose s'emballe, de par l'impossibilité de dresser ce portrait mais aussi par refus d'en dresser un, elle devient lyrique, assaillie de questions, ne sachant comment être à la hauteur de son sujet et de sa musique  ; et c'est ce qui vraiment nous attache à ce livre, cette imperfection noyée de mots, qui nous entraîne et nous emporte à la recherche d'un fantôme et de sa musique.

 Extrait du livre

 Parfois, Gould aurait voulu - désir, disait-il, sur lequel la psychiatrie aurait sans doute beaucoup à dire - se lever de sa chaise en plein milieu de la représentation et crier : "Deuxième prise, on recommence."

Cependant, il avouait aussi que la seule chose qui aurait pu le ramener au concert, comme spectateur, aurait été l'exécution d'une oeuvre inaccessible au disque ou à la radio : "Alors, je prendrais des tranquillisants pour calmer mon angoisse d'être là pendant une heure ou deux, de disparaître de ma vie propre."

Ce qu'il aimait dans l'enregistrement, c'était justement qu'il y eût d'autres prises, un temps recomposé, monté, condensé, comme celui des rêves.

Il savait pourtant que la vie ne laisse pas de seconde prise. Mais il ne voulait pas le savoir. (Peut-être le jeu avec le tempo, toujours à l'envers des idées reçues, ou à l'opposé du tempo précédemment adopté dans une autre prise de la même page, était-il la forme de ce refus.) Il aimait dans le studio cette possibilité de retourner le temps sur lui-même. (La musique, c'est cela, retourner le temps sur lui-même. cette folie de s'en rendre maître nous guette quand nous jouons : le choix d'un tempo pour fuir l'hora incerta, le rubalo, un temps volé à la mort, qu'il faudra bien lui rendre.)

Ses interprétations, pourtant jamais instantanées, mais jamais retravaillées après coup, ont une force de présent qui les singularise. Présent historique, d'abord. Peu de pianistes parviennent comme lui à nous faire contemporains d'une Fantaisie de Sweelinck ou d'une Pavane de Gibbons. Présent psychologique, ensuite. Quand il joue - est-ce une conséquence du fait qu'il travaillait très peu les oeuvres avant de les enregistrer ? -, on pense qu'il n'a pas répété, qu'il ne répète pas, qu'il est là. Le discours est toujours dans la source, une constante énonciation qui parviendrait à se maintenir pure de tout énoncé. Un temps hors du temps ; non pas le temps arrêté de celui qui attend, ni le temps effondré de celui qui angoisse. Un temps libre et plein, aussi habité que celui des Quatre Quatuors de T.S Eliot.

 

Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /2006 10:35
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 0 commentaires
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 Gabriel Garcia Marquez est pour moi un auteur culte. Il y a bien sûr 100 ans de solitude, une chronique familiale sud-américaine, un peu irréelle, un peu épique, incontournable.

 Chronique d'une mort annoncée a presque la forme d'une nouvelle, récit resserré, à la chute attendue et annoncée en introduction : Santiago Nasar va mourrir à la fin de la journée, c'est ainsi. Et pourtant, même les meurtriers ne le veulent pas, tout le village se mobilise (presque) pour que cela ne se produise pas, mais la mécanique est enclenchée, non sans humour.

 La mort omniprésente amène énormément de vitalité au récit ; voilà un ressort typique de la littérature sud-américaine, une façon très particulière d'intégrer le tragique, de l'inclure dans un quotidien dont la banalité est colorée. Cela permet d'amener une dignité à la Rochefort en quelque sorte (l'acteur, pour ceux qui ont du mal à suivre, acteur qui n'a rien de sud-américain et qui n'a de latin, voire d'hispanique, que sa ressemblance avec un certain Don Quichotte) , une dignité exquise mêlée à beaucoup de fantaisie.  Voilà, Chronique d'une mort annoncée, c'est un mélange de tout ça.

Dimanche 19 novembre 2006 7 19 /11 /2006 10:40
- Par Sarah - Publié dans : Livres - Voir les 1 commentaires
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