Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
Eça de Queirós, José Maria (1845-1900)
 

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Avec le temps va

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Grenier

dans quel état ..

 N'hésitez pas à laisser vos commentaires ou à m'envoyer vos articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).

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     PS / Mai-août : le blog va faire une pause avec peut-être quelques clins d'oeil de ci de là et reviendra en force à la rentrée. Donc patience.
Par-contre, n'oubliez les autres blogs du réseau qui préparent cette période festivalière et seront bien plus présents que je pourrai l'être cette année !

Caserne des pompiers - Avignon off - juillet 07


clara-cornil.jpg  Claire Cornil s'est inspirée de Francis Bacon, du poême du même nom de Rainer Maria Rilke et des écrits de Deleuze.

Elle présente un duo féminin, un duo de présences qui parfois s'inscrivent dans la danse. Celle-ci est ténue, tantôt insecte, découpée au sol, presque une dissection. Elle se déplace et semble sans cesse souligner le vide entre ces deux corps, l'absence de liens, de contacts. Faudra attendre la fin de la pièce pourqu' ait enfin lieu la rencontre. 
Ces deux corps sont forts de présence mais presque désincarnés, seul le regard reste habité tandis que s'esquissent grimaces et déformations du visage. 
Elles jouent sur une certaine lenteur dans la composition, goûtent le vide tandis que la musique envahit l'espace.

Je n'ai pas retrouvé la force et la violence de Bacon. Le jeu sur ces présences habitées-désincarnées reste convenu malgré la qualité de l'interprétation. La danse est intéressante mais comme souvent dans ce type de démarche, souffre un peu d'engourdissement dans son ensemble.

C'était quand même un joli moment.

☼ ☼ ☼


(et pour le plaisir ...)
Le poême de Rainer Maria Rilke

Portrait intérieur

Ce ne sont pas des souvenirs
qui, en moi, t'entretiennent ;
tu n'es pas non plus mienne
par la force d'un beau désir.

Ce qui te rend présente,
c'est le détour ardent
qu'une tendresse lente
décrit dans mon propre sang.

Je suis sans besoin
de te voir apparaître ;
il m'a suffi de naître
pour te perdre un peu moins.
Vendredi 27 juillet 2007
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 1 commentaires
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Caserne des pompiers - Avignon off 2007 herve-diasnas.jpg


Chorégraphie - interprétation : Hervé Diasnas
Musique - interprètes : Patricia Dallio et Yakari Bertocchi Hamada


Le dispositif scénique et sonore étaient tout à fait intéressants. Deux pans de scène de petites surfaces, de part et d'autre les deux musiciennes electroacousticiennes et au centre, le danseur. 

La danse d'Hervé Diasnas est composée de microtensions, dont la fuite se poursuit dans des chutes et des rebondis, un dos reptilien, des mains arachnéennes.

La musique en est son excroissance, sa matière, son enveloppe communicante.

La danse fait corps avec la musique, la musique donne corps à la danse.

Toutefois me semble-t-il, la richesse corporelle d'Hervé Diasnas se prend à son propre piège et s'écrit dans la répétition, dans un développement paradoxalement linéaire.

Il ne manque pas grand chose pourtant pour que le spectateur fasse partie de cet accord.


☼ ☼ ☼
Jeudi 26 juillet 2007
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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14 Juillet 07- Théâtre des Hivernales - Avignon

 


degroat-copie-1.jpg    Le Lac des cygnes comporte un livret, une musique, les conventions de la danse classique, poussée dans une verticalité dans son rapport au monde et au sacré. Pièce de 1984, déjà marquée par « une vision contemporaine, analytique et fort décapante (…) à la fois pleine d’humour et extrêmement complexe dans sa composition » - la danse au XX siècle d’Isabelle Ginot et Marcelle Michel-, elle est aujourd’hui reprise par le Ballet de l’opéra d’Avignon, adaptée à son corps de ballet, pincée de deux contrepoints qui colorent merveilleusement l’ensemble grâce aux solos de François Lebas et d’Aragorn Boulanger, deux singularités atypiques face au moule des interprètes classiques.

 
Andy de Groat prend le livret ‘aux mots’ et accompagne sa pièce de deux moments de narration en voix off plurielles, dans une langue travaillée, teintée du romantisme de son sujet. Petite irrévérence à la danse contemporaine, si frileuse par rapport à la narration, notamment à cause de la danse classique, dans ce complexe d’être un sous-genre de la musique ; sa narration. 
 
Le Lac des cygnes a une histoire, à la contemporanéité naphtaline, tout comme sa musique, sauf que … 
 
Le chorégraphe reste à priori fidèle au découpage en tableaux, toutefois, casse ce protocole par une entrée en matière de l’homme bleu, l’aquatique, la matière, celui qui ne reste pas à la surface de l’eau mais donne à voir la complexité du corps, de l’élément.
 
Il casse également le dispositif frontal, le dénudant, plus de prendrillons, la loge mise à vue, comme une boutique de cocottes en attente d’être appelées, des cocottes aux cygnes, du statut privilégié de danseur d’opéra à celui pas si lointain de concubin(e) de choix.
 
Andy de Groat prend la danse classique : une terminologie établie, dont le travail d’écriture se joue dans un « belle marquise, de beaux yeux, vous avez », un abécédaire presque prévisible. Poussant la logique jusqu’au bout, il le réduit à deux trois figures bien identifiables comme autant de ronds dans l’eau : des fouettés, des portés, des grands jetés. L’abécédaire devient un ABC, il le décline, le décline, le nuance, l’étire, donne à voir ces ricochets sans fin, dans ce lac à plumes. Que peut-il se passer quand une terminologie est réduite à son plus simple appareil ? la répéter, la détourner puis l’oublier.
 
Andy de Groat se démarque ainsi par un formidable et très subtil sens de l’humour, un humour à plusieurs vitesses, avec plusieurs lectures grâce à sa connaissance de l’histoire de la danse, sa compréhension des corps de ses interprètes et son sens de la composition, dans une architecture sans prétention sous-jacente mais redoutablement complexe.
 
L’oubli survient de différentes façons : par quelques pics où toute gestuelle dansée est oubliée pour devenir piétinement préhistorique ou frétillement dancefloor. L’oubli survient également quand il n’y a plus de danse, quand celle-ci en revient aux fondamentaux : la marche. Une marche de plusieurs minutes, qui se complexifie, s’évacue dans la musique, l’humour, la présence, un clin d’œil insolent habillé d’un costume jaune poussin des plus improbables.
Les marches s’étirent dans le temps comme elles s’accélèrent, se concluent par un dandinement dénaturé, tout aussi vrai que le ballet du lac des cygnes aujourd’hui est loin de la nature de son sujet tout comme de l’actualité de son art. 
 
Sauf quand un chorégraphe nous fait découvrir sous l’original de plus d’un siècle, une œuvre d’à peine vingt ans qui n’a rien perdu de son insolence sensible.    
Jeudi 19 juillet 2007
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 1 commentaires
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Festival Detours - Mercredi 9 mai - maison de la découverte Cap'découverte

   J'avais vu cette pièce il y a deux trois ans au Fourneau à Brest. Elle était présentée sous forme de circulation où les spectateurs découvraient les danseurs, devant, derrière, entre eux, parmi eux.

 Passants retrace l'aventure de la compagnie Ex Nihilo qui pendant plusieurs semaines à toutes heures de la journée, ont mené des improvisations dans les quartiers de Marseille. Des images, paroles, retracent cette aventure. Mais également une scénographie me semble-t-il assez imprégnée de cette ville bigarrée, au linge qui sèche aux balcons des maisons, aux couleurs populaires, avec un côté désordonné méditerranéen sympathique de prime abord, parfois un peu rude, parce qu'il y a une énergie diffuse qui explose, éclate par moments, tourbillone, emporte.

PASSANTS.jpg

 Dès lors arrive la danse de la compagnie, une danse engagée et que j'ai ressenti, trois ans après, de façon bien plus militante que lors de la première fois. La danse s'entoure d'un décor de cartons qui amortit des chutes, des portés musclés, une prise de risque permanente. les spectateurs cette fois se sont assis tout autour, il n'y a plus de circulation, plus de mise en abîme entre les passants et les spectateurs, la boucle n'est pas bouclée. Les danseurs sont dans un cercle scénique dont ils repoussent les limites par une mise en danger permanente sans toutefois franchir la limite qui blesserait les regardants. Ils dégagent une énergie brute et une implication totale, le contraste est alors étonnant entre notre assemblée, dans une certaine passivité et eux. Les quelques paroles volées aux passants renvoient à l'utilité de l'existence même des danseurs, beaucoup d'efforts et d'énergie dépensés pour quoi, pour qui ?

 C'est alors que surgit l'intime n'est-ce pas ? Tandis que les artistes galèrent pour porter ce message, nous sommes les réceptacles d'une question dont la réponse se trouve au centre de nos individualités, quand nous quittons l'anonymat pour affirmer une communauté d'humains.

 ☼ ☼ ☼ ☼

 

Jeudi 10 mai 2007
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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 Festival Rebonds - Albi - 16 mars

 Premier solo  - Une rose est une rose avec Simone Gomis

 Une danseuse est plantée dans le sol, jambes tendues. Son centre ainsi harnaché déploie le haut du corps dans une circularité qui gagne en vitesse et donc en puissance, tandis que quelques gestes tentent de s'échapper pour finir aspirés par cette rotation. Arrivé à une sorte de transe, on a l'impression que ce corps sculpté de muscles, un cyclone qui déplace l'air pour retourner à la terre, entre dans une écriture chorégraphique cosmographique.

 Deuxième solo - La formule des hanches avec Aline Azcoaga

  Tandis qu'une lune coupe la verticalité en deux, une femme évolue dans une danse qui a un grand sens de la découpe, des séquences chorégraphiques liées dans une même tension se succèdent comme autant d'intensités qui s'auto-contrôlent par l'usage très subtil des silences.

Dès lors, le geste, plein, d'une extrême précision, s'apprécie comme un élément d'une grande rareté : concis, beau, essentiel.

Se dessine dans l'identité chorégraphique d'Heddy Maalem, les enjeux suivants : une danse au corps maître et délicat ; puissant sans user de force. Des interprètes ayant une 'expressivité de présence ' c'est à dire dotés d'une corporéité charismatique. Et enfin, une danse, dont les mouvements suivent une partition singulière, sans fioritures, à la beauté non ostentatoire mais saisissante, véhiculant une lecture toute aussi essentielle que multiple, évidente et impénétrable.

   Troisième solo - Reconstruction de Venus avec Laia Llorca Lezcano

Une femme nue évolue sur la musique qui amène comme un éblouissement, la nudité dans son aveuglant dénuement. Dans un geste de 'sublimation', mains tendus vers le public, elle semble capter les énergies tout autant qu'elle semble s'offrir. Ce solo en deux temps, joue sur le regard, l'acte de regarder un corps. Cet aller-retour (regardant-regardé), par la nudité de l'interprète, est réduit à l'essentiel, un corps bouge, on le regarde, un corps sexué qui ne s'impose pas comme tel sur le fil de l'intime mais se regarde presque au sens pictural : une blancheur irréelle, des lignes mouvantes, tandis que la danse finalement l'habille et le quatrième mur crée la distance.

   La pratique de l'ombre - Serge Anagonou et Shush Tenin

 Ce duo masculin m'a renvoyée à l'humain et à la notion de solitude qui sous-tend ces pièces. L'homme qui porte l'homme, un face à face qui s'appuie sur cet apprentissage; s'aimer, s'accompagner, s'abandonner, se suivre, se prendre par la main, se laisser guider...

La puissance se mêle à une grande fragilité chez Heddy Maalem.

Nous en revenons à la solitude et au regard, aux interprètes et à leurs spectateurs.

Il paraît que nous ne sommes jamais seuls, point d'existence sans cet extérieur, le regard d'autrui qui nous définit mais également cet intérieur, son propre regard sur soi-même.

Jolie mise en abîme qui fait traîner l'écho de ces instants, longtemps.

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Samedi 17 mars 2007
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 2 commentaires
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