Mea Culpa

"La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale."
Pierre Desproges (1939-1986)
 
 
 
"La curiosité est un instinct qui mène à tout : parfois à écouter aux portes, parfois à découvrir l'Amérique. "
Eça de Queirós, José Maria (1845-1900)
 

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Avec le temps va

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Danse

San Francisco - fin février

La mise en scène est relativement simple : salle des pas perdus, hall d'aéroport ou de transit ... des voyageurs de différentes nationalités attendent.

Prétexte à un questionnement sur l'identité, dans cette mise en scène, la danse souffle virtuose dans cet espace claustophobique. Tout en déliés, serpentins, casseurs d'espace, les danseurs se présentent dans leur diversité et parfois jouent des effets de masse dans des séquences de groupe plus formelles mais néanmoins chargées d'une grande force.

Petites pointes d'humour d'ici de là, d'autres moments plus tendus, ponctuent d'effets dramatiques l'ensemble de la pièce. Nous en retiendrons surtout la danse, son écriture métissée.
Les effets de mise en scène finalement importent peu, tout est là. Une danse riche, écrite, mouvante et nourrie, marquée de chaque individualité et histoire, techniquement vertigineuse. Dans cet art, une grande liberté, au lieu de frontières, des personnalités corporelles et par nos regards, finalement, une forme d'universalité qui s'exprime unanime dans les applaudissements
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 17:16
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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D'Aurélien Bory Pour Stéphanie Fuster
Théâtre Garonne - 17 janvier 2010


Stéphanie Fuster est une  belle interpète, loin des clichés du flamenco. Le flamenco, il en est bien question. Son apparât tout d'abord, un costume qui se met, s'enlève, donne forme et déforme. Aurélien Bory sait jouer des images, ludique. On sent bien que le flamenco, au-delà de ça, relève de l'intime. Espace confiné du petit algeco où nous pouvons voir ce qui se passe derrière la vitre. Une jeune femme qui vibre de tout son corps sur le son de la guitare et du chant. Tout cela reste très joli,  jusqu'à la fin, dans le petit carré d'eau, les vibrations, le rythme, le reflet. L'interpète y est prise de tout son corps.
Malheureusement dans la trame, quelques facilités, dans le déroulement quelques effets sans effets. L'instant peut nous charmer tout autant que nous ennuyer. Malgré cette jolie ambiance feutrée, questcequetudeviens souffre de paresse, de langueur et paradoxalement d'indolence.




Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 17:13
- Par Sarah - Publié dans : Danse - Voir les 0 commentaires
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Vendredi 6 février au TNT Toulouse - Festival C'est de la danse contemporaine

La scène est fracturée de deux pans obliques tandis qu'un troisième en fond de scène complète la mise en espace des volumes. Solos, duos, trios, quatuors se succèdent : les interprètes jouent avec le déséquilibre, se mêlent et s'entremêlent dans une danse, musicale et technique, esthétique et complètement anachronique. Les Impromptus auraient pu voir le jour dans les années quatre-vingt, dans le plaisir de la danse et de la musique, avant la vague plus conceptuelle et avant-gardiste. Les interprètes courrent et dansent.
Bien sûr, il y a l'intermède plus grave, où les danseurs se tachent de peinture rouge, barbouillent le sol. L'instant devenu plus grave, forcément les danseurs ne dansent plus.
Pourquoi anachronique ? Parce que l'heure n'est plus au simple plaisir de danser et bien que Sasha Waltz choisisse le parti pris des corps et de la beauté, finalement elle ne s'y tient pas, elle sent que cela ne peut plus être et se perd dans quelques effets de dramaturgie entre le chant à capella, la peinture, le bain. Comment occuper une scène et danser ces impromptus dans la liberté de ce titre ? Est-ce seulement encore possible ?
De là, je me surprends à me demander : où est la danse ? Depuis Bagouet et à part des compagnies néo-classiques comme Forsythe, Preljocaj qu'on ne saurait plus trop définir, l'écriture chorégraphique ne sait trop comment s'inscrire dans notre époque contemporaine. Comme si la danse avait une légèreté insupportable, difficile à faire entrer en terre quand l'époque est plus sombre, comme si le corps était trop vivant. Chopinot du coup, étouffe ces corps dans le carcan des costumes et les cache d'un pelle. Maguy Marin les rend fantasmagoriques et présences lancinantes dans des visions qui tiennent d'un onirisme angoissé. Où est la danse ? Où est partie l'envie de danser des auteurs qui sont initialement des danseurs et pourquoi la danse, ainsi choisit par Sasha Waltz me semble tellement anachronique ? Scénographie, dramaturgie et danse semblent se regarder en chien de faïence comme si cette dernière épuisait tout ressort créatif dans son propre jaillissement et rendait impossible toute parole sur le monde qui nous entoure.

Où est la danse et que dire de l'humain ? Les créateurs ne peuvent plus exprimer l'humain par la danse, le silence se fait et il déplacent le corps du danseur  comme une entité plastique, un élément mobile et charismatique d'un dispositif. Est-il devenu douloureux de le regarder en face, de le sentir vivant, de le regarder bouger ? Pourquoi cette impression de vacuité ? Pourquoi quand cela est tenté, je ressens un tel anachronisme ?

Sasha Waltz évacue toutes ces questions dans une esthétique formelle d'un autre âge et je suis seule face à ces interrogations.

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Direction de la chorégraphie : Sasha Waltz ; Danse et chorégraphie : Maria Marta Colusi, Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola, Luc Dunberry, Michal Mualem, Yael Schnell, Claudia de Serpa Soares, Xuan Shi ; Scénographie : Thomas Schenk, Sasha Waltz ; Création costumes : Christine Birkle ; Création lumières : Martin Hauk ; Piano : Margaretha Heller ; Maquilleuse : Kati Heimann

Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /2009 17:17
- Par Sarah Barreda - Publié dans : Danse - Voir les 2 commentaires
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29 novembre au Théâtre Garonne - Toulouse

 

P.O.M.P.E.I est un spectacle très riche, de différentes couches de lectures, interprétations, incertitudes.

P.O.M.P.E.I : "événement premier qui foudroie la forme et qui est peut-être la véritable origine et le véritable destin de toute forme. C'est dans ce vide que s'est déposé le sentiment de notre vulnérabilité et de notre possibilité d'éternité."

 

Et s'il y avait des questions, et s'il y avait mes tentatives de réponse. Parce qu'il faut bien reconnaître que le spectateur essaie toujours de remplir, d'apprivoiser ce qui lui est donné à voir.

 

 

 Pourquoi le regard ? La pièce s'ouvre sur un texte dit par trois voix de femme sur l'oeil, le regard. Le fondement est posé : la relation s'établit par le regard. C'est lui qui dans un premier temps nous donne une première perception de la réalité. Sait-on regarder pour autant ? Arrivons-nous à entrer en dialogue avec la volonté propre du créateur. De part et d'autres, le désir est toujours vif de se comprendre, d'avoir compris et l'impuissance est un abîme. La danse fait verbe, fait corps, donne existence comme ces trois corps qui entrent en scène, vont et viennent, face à face avec le public qui note, pourtant, qu'un oeil est vide. Ils dansent en nous regardant avec un oeil vivant et un oeil mort, et le sourire ! Tout l'art de Caterina Sagna pourrait se résumer dans cette métaphore.

   

Pourquoi les trois femmes ? Elles apparaissent comme des figures démiurgiques. Je ne peux pas m'empêcher de penser que Caterina Sagna est une femme et que depuis déjà deux créations que je vois d'elle, elle travaille sur des interprètes masculins. Ces trois femmes sont dans la toute puissance de l'image : celle-ci est fixée, parfaite puisqu'inchangeable et déterminée, elle ne peut être autrement, si imperfection il y a, c'est précisément dans cette détermination-là, sa fatalité.

Trois femmes d'âges différents, en dialogue direct avec les danseurs. Trois femmes comme les parques. Elles échappent à notre entendement. La femme par essence donne vie, la mort est au féminin également. Dans une BD de Comes que j'aime beaucoup, l'Ombre du Corbeau, il y a trois personnages, trois figures démiurgiques qui interviennent dans le déroulement de la guerre : une vieille femme (la mort de vieillesse), une jeune femme pour la mort douce et l'enfant, la mort cruelle. Trois figures qui de fait, s'attachent à l'humain, dans l'amour ou la haine.

L'image fait face au corps, l'écrase. Comme toutes images, elle prend le pas sur le vivant.

Ces femmes nous ramènent dans une douloureuse conscience du temps et de la fragilité humaine.

   

Pourquoi l'humour et la douleur ? J'avais également ressenti ça dans Basso Ostinato. Dans Pompéi, c'est bien plus flagrant. Pompéi est parcouru d'un souffle et de très beaux tableaux, les interprètes sont formidables et amènent l'intensité de leur présence. Et pourtant, ce serait trop facile de s'en contenter. Il faut l'ironie pour pincer la beauté des formes, des gestes, de la danse. La parole prend le pas sur la danse, tourne en dérision, avec tendresse, mais avec persistance. La réalité est à la fois dérisoire et sublimement tragique. Les danseurs se frappent et se repirent, tout comme dans Basso Ostinato, ils étaient à deux doigts de se faire vomir. Le corps tente de rejoindre ces figures démiurgiques mais, de formes en formes, il se déforme et s'écrase, masse informe, vouée à son impuissante horizontalité, créature kafkaïenne, dans la douleur de cette conscience.

Caterina Sagna est une cynique au sens philosophique du terme. Ses interprètes finissent à quatre pattes. Ses figures démiurgiques se mettent à nu en nous regardant. Tout comme Diogène, elle pointe sa lanterne, déploie beauté et douleur, nous drape,  nous mord.

   

Pourquoi Pompéi ? Pourquoi Pompéi... C'est presque un idéal, un paradoxe utopique et monstrueux. Celui de figer l'incompréhension du monde et de l'humain dans une forme, une attitude inoffensive, intelligible, définitive. Faire taire la danse et son verbe. Oublier le dire et son ironie. Effacer la douleur. Figer le temps. Tout garder et tout effacer. C'est l'inhumaine éternité.

 

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Programmation du Théâtre Garonne : Lien ICI

Chorégraphie : Caterina Sagna

Interprètes : Alessandro Bernardeschi, Antonio Montanile, Mauro Paccagnella

Interprète vidéo : Viviane de Muynk, Maria Fossati, Pietro Ercolino

Dramaturgie : Roberto Frattini Serafide

Conseiller musical : Luca Berni

Décors et costumes : Tobia Ercolino

Lumière : Philippe Gladieux


Merci à la cie Caterina Sagna pour le visuel
Ce visuel n'est pas libre de droit

 

Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /2008 17:18
- Par Sarah Barreda - Publié dans : Danse - Voir les 5 commentaires
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Samedi 8 novembre - Au Théâtre Garonne - Toulouse

Il est intéressant de s'interroger sur l'"âge de raison" des chorégraphes les plus connus. Tout d'abord, parce que la plupart ont traversé et marqué ces dernières décennies de danse : des années 70 à aujourd'hui. Ensuite parce que les lieux de diffusion souvent, de façon plus ou moins implicite, nous y invitent.
Avec Larrieu, Mark Tompkins, Michel Anne de Mey, notamment dans leurs reprises, j'avais retrouvé une certaine légèreté, presque une insoucience, mais aussi des acquis désormais datés dans leurs postulats .
Chopinot aime remuer, bousculer son petit monde. Il y a souvent chez elle, une énergie assez incroyable, et définitivement, un tempérament.
Pourtant avec Cornucopiae, voilà, qu'elle me surprend, bien plus qu'avec Wha, où je ne perdais pas ses repères. Voilà aussi qu'elle s'ancre, bien douloureusement dans son présent.

Par certains aspects, je pense fortement au Maguy Marin de May B. Mais je m'égare.

A priori : une scène blanche et crue, surmontée de pans faits comme en aluminium, trois carcasses de chevaux au sol, des peaux de bêtes, seules touches de couleurs, seules traces de vivants, de vivants qui ne sont plus ? Arrive un petit groupe ; des silhouettes engoncées dans des costumes ouatés blancs, mi-esquimaux, mi personnages d'enki-bilal, mi-antarctique, mi science-fiction avec une constante : les visages cachés par des pelles. Ils resteront anonymes jusqu'au bout.
Dans le traitement des mouvements du groupe, on retrouve un peu de May B : des déplacements et une gestuelle qui semblent assez archaïques ou dessinés d'archétypes, de l'ordre du tribal, voire même du primordial et très syncopés par la profusion d'arrêts, de temps morts.

La mort, l'absence sont d'ailleurs, malgré l'humour (assez désespéré), très présentes. Elles semblent avoir effacé les visages, les vivants, l'humain. Le langage lui-même, lettres qui se crient, impérieuses et pathétiques, menaçantes et ludiques, incompréhensibles, le langage se délite. L'énumération de tout ce qui est ou n'est plus, n'en finit pas, drôle et angoissante. Les mots ricochent sur du vide. Une ritournelle plane et semble venir de très loin, de trop loin. Les tableaux se figent comme autant de battements de paupières que l'on ne souhaite pas visionnaires.

Je me souviens ce roman terrible, The Road de Mac Carthy.

L'âge de raison de Chopinot s'exprime dans une pièce bien sombre malgré cette clarté, ce jusqu'au boutisme. Un parti-pris sans concessions que le public a bien du mal à partager.

La salle se vide, se remplit d'absents.

La pièce se termine, le temps de l'éphémère s'efface dans sa propre mort.
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Théâtre Garonne lien : Ici
Pièce chorégraphique conçue et réalisée par Régine Chopinot
Avec John Bateman, Tuan Anh Bui, Régine Chopinot, Alexandre Del Perugia, Gianni-Grégory Fornet, Virginie Garcia, Dennis O'Connor, Daisuke Tomita
Scénographie, textes et costumes : Jean-Michel Bruyère
Lumière : Maryse Gautier
Réalisation sonore d'après Henri Chopin : Nicolas Barillot

Crédit Photo : J.Garcia
Les images du site ne sont pas libres de droit.
Je remercie la Cie de Régine Chopinot pour ce visuel.

Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /2008 16:05
- Par Sarah Barreda - Publié dans : Danse - Voir les 4 commentaires
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