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articles, billets d'humeur et autres traces écrites de vos dernières découvertes à l'adresse e-mail de ce blog (nectar.safran@hotmail.fr).
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Festival off d'Avignon
Cornucopiae était en quelque sorte une pièce nihiliste tandis qu'ici nous avançons, pudiques, sur le territoire de l'intime.
Dans la salle voûtée de la Maison Jean Vilar, un lieu en dehors du tumulte d'Avignon, tout en pierre, une toute petite communauté de curieux s'assoient. Au milieu de la pièce une paillasse et un kimono de soie. Quelques notes de guitare et nous sommes hors du temps.
Régine Chopinot se lève et se lance dans une danse toute en fragilité, chaque mouvement semble précieux, goûté, senti jusqu'au bout des doigts. Les doigts eux-mêmes frémissent, dessinent leur propre espace. Elle s'allonge et continue le rituel, cette danse personnelle et fragile. Les notes de guitare sont accompagnées de bruit de vague. Nous écoutons la danse et sa nostalgie, nous ressentons sa douceur. Bientôt cachée d'une frange, elle continue, faussement anonyme. Nous la devinons, nous observons cette silhouette qui danse l'espace et le temps, nous fait partager un moment privilégié inscrit dans le tangible et l'imperceptible.
La lumière naturelle de la pièce vascille. La présence de la danseuse s'efface dans le silence.
Merci.
"Je continue à avancer en remmontant le fil du temps et de l'oubli. L'oubli de cette enfant pied-noire sur la plage des Bains-Romains, à l'ouest d'Alger, de 1952 à 1962. Un de mes rares souvenirs est le temps passé à scruter le sable, en marchant ou accroupie, pendant des heures, pour y dénicher des opercules, les yeux de Sainte Lucie. 10 années volatilisées. Où se sont-elles déposées ces années fantômes, au détour de quelle sorte de recoin perdu ?
Aujourd'hui, je suis dans l'après Cornucopiae, dernière pièce créée en novembre 2008, au sein de l'institut chorégraphique de La Rochelle, qui portait sur la disparition, sans visage ni regard. Je suis donc danseuse, nomade, sans désir de lieu ni de compagnie et prête à croiser l'espace de ce retour de mémoire, face à mes absences, des trous d'air." Régine Chopinot
A propos de la pièce Cornucopiae, lire :
http://www.clochettes.net/article-24646656-6.html#comment46447783
Festival d'Avignon - juillet 2010
Chamartz nous dit qu'il ne connaît pas le travail d'Hijikata. Il prend ses écrits, ses écrits contiennent le bûto et à partir de là est né "la danseuse malade". Le travail repose sur l'appropriation de codes qui ne sont pas les siens. Il s'approprie un texte qui contient le bûto.
Charmatz invente une nouvelle façon d'entrer dans une danse. En effet, quand on écoute les connaisseurs du bûto ou d'Hijikata, il y a des coïncidences plus que troublantes entre "la danseuse malade" et l'oeuvre même d'Hijihata. Le titre qui est à peu de chose près le nom d'un des exercices du maître et bien d'autres éléments de la pièce.
La danseuse malade me destabilise, son chemin est tortueux et saisissant. L'introduction se compose d'une explosion. De ce mini Big Bang, deux êtres vont s'extraire de leur peau avant d'évoluer sur scène. J.Balibar au volant d'un camion entame un monologue : un texte complexe, avec des images fortes, les perceptions qui s'y dessinent sont tout à fait inédites pour moi. La découverte de ce texte s'accompagne du trajet répétitif d'un camion qui n'ira nulle part, enfermé sur scène. La danseuse est conductrice, ses gestes se limitent à ceux de la conduite et sa bouche danse les mots d'Hijikata.
La présence de ce camion, les feux de projecteurs braqués sur nous est une menace inoffensive et pourtant le moteur gronde. Il devient lui-même l'espace de l'interprète. Un danseur malmené, aggripé, secoué, il y a le dedans et le dehors, le réel et sa projection. Une mise en abîme qui donne le vertige comme ces mots qui se cognent et se déroulent, se heurtent les uns aux autres et donnent sens et impressions.
Quand les corps se retrouvent, il sont enfermés dans un espace restreint, le camion est contraint par la scène, les interpètes par le camion. Tandis que Charmatz prend le relais du texte, un chien se jette sur lui. Cet élément de surprise, cette introduction de réalité brute de nouvau malmène le danseur. Ses gestes se réduisent minimalistes à celui de sa défense, dans un énergie concentrée et nécessaire. La menace est ici aussi inoffensive. L'élément de réel est un élément de fiction, la scène est un espace qui joue sur tous les plans. Comme les mots d'Hijikata, le spectateur avance sur un chemin tortueux, l'humour côtoie cet univers faussement austère mais à l'impertinence affirmée.
Nous laisserons les derniers mots à Hijikata : "le regard s'est isinué qui se porte sur
la génération actuelle, celle dont l'âme ne saurait vivre en aucun des seuls avoirs reçus en héritage." (extrait de Matériau du dedans)
Avec Jeanne Balibar et Boris Charmatz
Festival d'Avignon - Juillet 2010
Dès les premières notes de cette musique si particulière, nous entrons dans la vision de Nadj. Les Corbeaux. Un oiseau noir, associé au malheur, dans ses habits de deuil, un oiseau mélancolique. Son cri est un étranglement, sa danse écorche le corps strié de crispations.
Nadj entre dans l'oiseau avec inquiétude. Un corps d'homme qui chute, tombe sur ses genoux en un bruit d'os, des bras secs aux mains qui griffent le vide et bientôt la toile. Il projette sur cette toile blanche, un affolement, une tentative d'envol en éclaboussures noires. Nous ressentons face à la peinture de l'homme-corbeau la rapidité du geste, sa brièveté, son éclatement.
L'homme-corbeau, le danseur-pinceau. Le corps entier, plongé dans la peinture noire, ne voit plus, ne respire plus. Un oiseau mazouté plongé dans la tristesse de ce monde qui essaie de glisser sur cette toile couchée qui reste à créer. La dernière danse reste au sol, son envol appartient à la terre, la musique se fait de plus en plus criante, un mugissement qui tient tout autant de l'oiseau que du mamifère, l'expression d'une vision diurne et nocturne, dans un entre-deux monde, un passeur.
La lumière plonge dans un tonneau, s'éteint. Nous avons regardé un tableau vivant et traversé le miroir.
Festival d'Avignon - juillet 2010
Alain Platel a du savoir-faire : une mise en scène très visuelle, plutôt enlevée, voire même énergique, des interprètes virtuoses, une bande-sonore qui fait le grand écart entre Gould et Khaled, une pointe d'hystérie pour emporter le tout, emballé c'est pesé, Platel nous fait du Ballet C de la B.
Out of Context, s'intéresse au corps des danseurs. Ils arrivent, se déshabillent, se couvrent d'une couverture corail et petit à petit, leur virtuosité s'exprime, par ces corps hors-normes. Du hors norme au hors norme, Platel s'est inspiré des handicapés. De la façon la plus linéaire qui soit : il a pris comme matière chorégraphique la gestuelle propre aux handicapés. Et Platel a du savoir-faire ...
La beauté côtoie l'anormalité. Très vite, la sexualité s'en mêle. Le corps dans tous ses états. Platel cherche toujours les extrêmes mais dans Out of context, avec une facilité assumée, une légèreté hédoniste, sans nécessairement s'imposer d'autres contraintes que celle de son plaisir face à ses créatures. Il cherche ce qui l'émeut, peut-être même ce qui lui procure des sensations.
Ce spectacle est une sorte de fornication de Platel avec ses danseurs. Nous ne cherchons pas "ce que le corps peut nous apprendre" (dixit le programme de salle) mais le plaisir qu'il va nous procurer. Il se procure dans une beauté parfois monstrueuse, aux pulsions animales, primitives, dans un instant hors-norme, celui de l'excitation et de son paroxysme. La chair pour la chair.
Y at-il de l'innocence ? Non. Deux bébés sont posés sur scène au milieu de figures grimaçantes. Y at-il de la tendresse ? presque, mais fausse, elle est quémandée au voyeur que nous sommes, comme dans un concert de Mickael Jackson quand un spectateur part se jetter dans les bras du chanteur.
Puis tout le monde se rhabille et s'en va. Nous ne passerons pas la nuit ensemble.
Créé et dansé par Elie TAss, Emile Josse, Hyo Seung Ye, Kaori Ito, Matthieu Desseigne Ravel, Mélanie Lomoff, Romeu Runa, Rosalba Torres Guerrero, Ross Mc Cormack
Répétition ouverte - en avant première le 18 juillet 2010 au Théâtre du Colombiers
Avant toute chose : une précision, j'ai vu Micro, en avant-première. Ce n'était donc pas la version définitive, ni la version mûrie par plusieurs représentations.
Pierre Rigal installe une ambiance : une scène chargée d'instruments. Il empreinte à la scène rock, ses instruments, ses références, ses musiciens afin de livrer sa vision fantasmée et mouvementée.
Il se présente, en habit de lumière, dans les postures archétypes des bêtes de scènes. Cette introduction pose le postulat de la scène rock, de son détournement avec un humour enfantin très imagé.Très vite, ses créatures le rejoignent, chimères de musiciens, rockers, performers.
Les instruments sont détournés, nous pensons de façon très lointaine à James Thierrée. Il y a une graine de folie qui traverse les corps, les voix, la scène, le surgissement de la musique comme émanation de cette ambiance énergique, poétique, animale et machine.
Il y a comme une innocence, une scène de rock surgit de l'intime des souvenirs et délires.
Le groupe de musiciens nous livre un concert évolutif et visuel. On ressent leur complicité, leur synergie. Toutefois je m'interroge plus sur la présence de Rigal même. Contrepoint qui orchestre le tout, un peu empêché par l'étroitesse de l'espace, il est un peu en dehors, un peu dedans. Interprète tout en présence corporelle très physique, je n'ai pas l'impression qu'il arrive à intégrer pleinement l'esprit du groupe, leur folie sous-jacente, leur sauvagerie instinctive. Il y a bien des tentatives d'explosion physique, mais toujours très controlées, très dessinées. Rigal semble pris au piège de sa gestuelle de postures, idéale dans Press, trop parfaite dans Micro.
L'énergie de cette pièce nous traverse, amène de la jubilation. Tout comme Charmatz, Rigal s'approprie des codes qui ne sont pas les siens, et cette liberté décomplexée, nous emporte dans une grande respiration.
Interprétation et musique
Malik Djoudi, Gwenaël Drapeau, Mélanie Chartreux, Julien
Lepreux, Pierre Rigal
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